Nous sommes les héros de Dieu

image : Eak_kkk de Pixabay

Genèse 25, 19-28 / Marc 9, 30-37

Vous savez, un de mes amis, grand amateur de super héros, m’a demandé un jour si j’aimais ce genre de films-là. Un peu embarrassé sur le coup, te lui ai tout bonnement avoué, pour être complètement honnête, que je n’ai jamais été très friand de cette frénésie envers les super héros. Je me suis alors risqué à dire que ce qui a tendance à m’agacer dans ce genre de films consiste en ce cliché du héros patriotique comme Captain America, invincible homme de fer, créé de toutes pièces et qui constitue un idéal complètement inatteignable pour vous, pour moi.

Bien entendu, le genre des films de super héros n‘en reste pas toujours à une conception aussi cliché du serviteur, mais, confessons-le, on en reste bien souvent à une prémisse de toute-puissance et d’une magnanimité décidée par les œuvres. Et oui, ces serviteurs et servantes du peuple ne sont généralement pas aimés pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils font. Clark Kent – c’est-à-dire Super Man – n’a aucune valeur dans la vie civile aux yeux de ses compatriotes. Il en est même invisible, tout le monde ou presque ignorant son identité. Or, quand il se revêt de la cape pour sauver des vies, tout d’un coup, il prend de la valeur!

Voyez-vous, dans les films comme bien souvent hélas dans notre culture, les plus grands sont ceux et celles qui performent et atteignent des objectifs quantitatifs. Plus on en fait, mieux c’est!

Je ne sais pas pour vous, mais, moi, je décroche facilement devant ces films-là qui me paraissent parfois trop prévisibles et clichés. À quelques exceptions, je me sens comme un sujet devant une bande-annonce voulant m’inciter à rentrer dans une culture de la performance. À ce niveau, il faut dire que les héros bibliques sont tout à l’opposé des super héros de films. Pour s’en convaincre, souvenez-vous de votre réaction initiale en lisant les différents récits… N’avez-vous jamais été touchés par la foi de ces personnages qui s’en remettent à Dieu? Peut-être, au contraire, avez-vous été choqués par les drôles de décisions de ces personnages parfois très inconstants?

Voyez-vous, ce sont des serviteurs et des servantes à la personnalité complexe. Ils sont sans cesse tiraillés, Dieu les invitant à être à contre-courant de la logique mondaine. On est bien loin de la conception classique des super héros qui sont aimés pour leurs œuvres…

À la différence des Capitain America de ce monde, les serviteurs et servantes du Seigneur étaient bien souvent des enfants, des vieillards, des femmes, des personnes marginalisées par le pourvoir et par ce qu’on appelle dans l’Évangile l’esprit du monde. Et oui, quoi de plus petit qu’un enfant, un ouvrier ou une femme aux yeux du pouvoir qui décidait et décide encore de la vie ou la mort d’une personne? Pourtant, ce sont ces petits-là comme Jacob, Marie de Magdala et Pierre que le Seigneur appela afin d’écrire une page de l’histoire sainte. Ce sont des gens comme nous qui sommes fragiles, mais portant un cœur tourné vers Dieu.

Ces exemples nous démontrent que le Seigneur opère selon une logique qui ne correspond pas à celle des œuvres, logique selon laquelle la valeur d’un serviteur ou d’une servante dépend de sa performance et de sa perfection, bref son adhérence aux conventions humaines… voir trop humaines.

« Si quelqu’un veut être le premier, dit Jésus, il doit être le dernier de tous et le serviteur de tous. » Si quelqu’un veut être le plus grand des serviteurs, qu’il soit le plus petit d’entre tous aux yeux de la logique du monde.

Cette invitation du Seigneur n’est pas une nouveauté issue du Second testament. On la retrouve, bien au contraire, à travers l’entièreté des Écritures, ensemble de récits relatant les succès et misères de nombre de disciples comme vous et moi. D’ailleurs, l’histoire de Jacob et d’Ésaü est un très bel exemple, car elle relate avec précision cette tension dont je parle entre la logique du monde et celle du Seigneur. Ce récit que nous avons lu ferait, en passant, un excellent prologue de film de super héros. Non seulement on assiste à une intervention divine dans la vie d’Isaac et Rebecca, mais aussi d’une étrange prophétie qui garde en haleine.

« Deux nations sont dans ton sein, deux peuples se détacheront de tes entrailles. L’un sera plus fort que l’autre et le grand servira le petit. »

Mine de rien, cette parole du Seigneur adressée à Rebecca est assez subversive quand on y pense bien. Dans l’esprit du temps, il était de coutume de considérer un fils aîné comme celui ayant l’ascendant sur ses frères. Ésaü, selon les conventions en places, aurait dû être le héros de notre histoire, le serviteur le plus grand. Or, vous connaissez le Seigneur qui œuvre dans nos vies : il fait fit desdites conventions, lui qui apprécie les coups de théâtre tous plus subversifs les uns que les autres. Jacob, si vous avez déjà lu son histoire dans le Premier testament, est loin d’être un héros conventionnel comme certains pourraient s’y attendre.

En plus de ne pas correspondre aux conventions liées aux stéréotypes de genre, les Écritures le dépeignent souvent comme une personne rusée comme un serpent, qui ne s’occupe pas souvent de politique et encore moins de guerre ou de chasse comme le fit son frère. Il restait, dit-on, sous les tentes avec les femmes. Tout au long de sa vie, Jacob a été une personne qui décevait sans cesse les conventions de son époque. Il avait un côté un peu manipulateur et avait tendance à fuir ses responsabilités. Pourtant, à même cette inconstance, Jacob trouvait sans cesse faveur auprès du Seigneur en qui il se confiait. Face à son frère chasseur et ayant une gueule de héros viril et parfait, Jacob, lui, a été toute sa vie un héros désarmé, n’ayant, comme Jésus et bien d’autres, seul défenseur et rempart que son Seigneur.

Malgré l’inconstance de son serviteur qui n’a pas toujours été très sage, le Seigneur a quand même choisit Jacob. Parce qu’il s’appuyait sur le Seigneur, il fut donné à Jacob de devenir Israël – le peuple des saints dont nous faisons partie aujourd’hui. Voyez-vous, la Bible est un récit qui fait sens avec le nôtre. Nous sommes des servantes et des serviteurs inconstants, mais bien attentionnés. Nous avons été choisis non pas pour nos œuvres, mais par la grâce de Dieu. En ce sens, notre récit et celui de Jacob a souvent pour fil conducteur cette tension entre l’esprit du monde et l’esprit de Dieu qui opèrent tous deux parmi nous.

Peut-être avez-vous déjà remarqué d’ailleurs que, contrairement aux films de super héros, il y a peu de vilains clairement définis dans les Écritures. On parle souvent d’errances ou de tentations qui font de sorte que le peuple manque la cible. C’est comme s’il n’y avait non pas des vilains, mais des forces antagonistes qui nous portent à certaines occasions à quitter la logique de Dieu pour retourner à la logique du monde…

Cette intuition dont je viens de vous faire part nous rappelle que nous sommes des êtres de chair et de sang constituant des communautés ainsi qu’une Église toutes fragiles. Pourtant, le Seigneur nous a choisis malgré tout pour être ses servantes et ses serviteurs. Il nous accorde sa confiance pour écrire une nouvelle page de l’histoire sainte, et ce, à la suite de Jacob et de Jésus. Être un héros ou une héroïne, être le plus grand des serviteurs ne consiste pas à courir après une couronne que le temps rouillera, mais à accomplir les désirs et les espérances du Seigneur qui mèneront le peuple à bon port, vers la joie éternelle.

Frères et sœurs dans la foi, dieu est notre puissant soutient. Il lutte pour nous et avec nous afin que nous restions dans la logique de la grâce. C’est par sa main que nous sommes élevés quand bien même les puissants de ce monde s’imaginent qu’à force de coup de théâtre ils sont justifiés. Grâce soit rendue à notre Seigneur et sauveur, lui qui ait de nous les héros de l’histoire sainte!

Amen


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