Une nouvelle espérance

image : Zteven de Pixabay

Éphésiens 2, 5-10

Vous savez, le monde change à la vitesse de la lumière. En seulement quelques années, vous et moi avons assisté à des révolutions scientifiques tout-de-même importantes, mais aussi traversés des épreuves qui nous ont transformées.

Les épidémies ainsi que les conflits géo-politiques ont profondément marqués les individus et les sociétés, si ce n’est pas pour dire laissées meurtries. C’est peu dire que l’être humain prit conscience de sa fragilité et à quel point le confort, la santé et la paix ne peuvent plus être des choses tenues pour acquises. Car ce qui semblait relever de l’évidence il y a seulement quelques années ne l’est plus désormais. C’est pour dire que les aléas de l’histoire portent le genre humain à redéfinir sa place dans le monde et son rapport à la vie tout comme… sa relation avec le divin. Et oui, frères et sœurs, il en va ainsi de notre foi qui est sans cesse ballotée et réformée au fil de notre quotidien. Après tout, si le monde change tout autour de soi, la foi ne peut faire autrement que de se reconfigurer vis-à-vis du changement. 

À ce propos du changement et des évidences qui ne sont plus, j’ai une confession à vous faire ce soir. Ceux et celles qui ont suivi mon cheminement d’acolyte devenu aujourd’hui pasteur savent qu’il se trouvait nombre d’idées préconçues dans la tradition chrétienne vis-à-vis desquelles je manifestais mon scepticisme. Des idées préconçues, même, avec lesquelles je lutte encore et toujours aujourd’hui, moi qui suis un être changeant dans un monde en changement. Certaines de ces idées me laissent encore pensifs tandis que d’autres s’intégrèrent à ma foi, portée par des expériences significatives.  

Saviez-vous que, pendant longtemps, j’ai lutté avec la notion de salut? Du temps que j’étais encore en formation ministérielle, ma superviseure de l’époque, notre chère Darla, aimait bien me picosser à propos de sujets théologiques qui ne m’intéressaient pas. Celle-ci, inspirée de l’Esprit, me posa un jour une question bien embêtante : « Jean-Philippe, de quoi Dieu nous sauve? »

Voilà une question qui m’apparaissait bien embêtante et qui doit l’être encore pour nombre de disciples. Cette question-là de Darla avait le don de m’agacer si ce n’est pas pour dire de me faire c-h-i-e-r. Je ne savais pas quoi lui répondre. « Jean-Philippe, de quoi Dieu nous sauve? » La raison de mon malaise s’en trouvait que cette question dépendait en fait d’une autre beaucoup plus essentielle et urgente : « Pourquoi aurions-nous besoin d’être sauvé? ». 

Pourquoi – ou de quoi – aurions-nous besoin, frères et sœurs, d’être sauvés? 

Si la nécessité du salut relevait d’une évidence aux temps de Paul et celui des Réformateurs protestants, elle ne l’est plus nécessairement aujourd’hui dans des cultures dont le confort et la sécurité étaient quasiment assurées. Des cultures, cela dit, où nous prétendons nous sauver nous-mêmes par nos œuvres, par notre performance et notre savoir. Ce qui tenait de l’évidence pour des générations précédentes de disciple était devenu, avec le temps, une idée préconçue qu’il me fallait revisiter si ce n’est pas pour dire réévaluer. 

Il me fallut bien du temps, frères et sœurs, pour être capable de répondre à Darla et d’envisager, même, le salut de Dieu. Quelques années, même, de formation théologique qui furent, aussi et surtout, marquées par des évènements historiques qui nous ont bousculés tous et toutes. Ces perturbations, ces bouleversements qui ont saccagé nos assises et nos prétentions, notre confort et notre sécurité, nous ont forcé à réfléchir à notre avenir. Notre avenir si fragile qui, dans la culture chrétienne, ne peut être pensée sans l’apport du salut accordé par Dieu, promesse de tous les temps et dont témoignent toutes les pages des Écritures. 

Pour s’en faire une idée, nous n’aurions qu’à penser aux dimanches précédents où nous avons exploré des écrits évoquant des règnes, des tragédies, des évènements bouleversants, mais aussi des expériences de la grâce au milieu même des ténèbres. Peut-être êtes-vous écoeurés d’entendre parler des déboires de ce monde dans mes réflexions. Pourtant, pour parler du salut sous toutes ses formes, on ne peut faire autrement que de passer par l’histoire sainte qui est aussi celle de l’humanité en quête d’avenir. Une histoire, cela dit, que Dieu habite avec nous. Comme le Christ il y a près de 2000 ans, nous traversons des épreuves de toutes sortes qui nous laissent exsangues. Pour certains et certaines, ce sont des jours interminables de ténèbres, mais qui, paradoxalement, ne peuvent empêcher la lumière de s’immiscer. 

La vie n’est certainement pas un fleuve tranquille. Elle ne se déroule pas souvent comme nous le voudrions et elle se termine toujours, ultimement, de la même manière. Personne ne peut déroger des règles de la vie, notre mort étant inévitable. Pourtant, comme en témoignent les Écritures et notre propre expérience de la vie, il se trouve quelque chose d’autre qui cohabite avec la mort…

En s’inspirant de la bonne nouvelle des Évangiles et donc de la mort et résurrection de Jésus, Paul débute son épître pastorale avec une affirmation fort audacieuse quant à notre condition : « Lorsque nous étions comme morts à cause de nos fautes, Dieu nous a fait revivre avec le Christ. »

Aucun, aucune de nous n’a traversé, à ce que je sache, une mort physique. Pourtant, j’ose croire toutefois que, à travers la vie de disciple, nous avons bel et bien fait expérience d’un autre type de mort, passage obligée vers une vie nouvelle. Ce n’est donc pas un hasard si la tradition chrétienne fait correspondre le début d’une vie de disciple à celle d’une seconde naissance. En Christ, dans le feu de l’Esprit transformateur, nous sommes nés de nouveau. Nés de nouveau non pas à cause de nos mérites, nos œuvres toujours inconstantes, mais parce que c’est un don… Le don de Dieu.

Cette expression biblique, voyez-vous, révèle l’expérience d’un renouveau significatif et sans cesse réactualisé chez les disciples. Le monde ne change pas ; la Terre continue à tourner. Nous sommes et restons des êtres de chairs et de sang, soumis au temps, aux caprices des puissants et de la mort… mais pas que! Car le Seigneur, dans la richesse extraordinaire de sa grâce, nous a ouvert les yeux. Désormais, nous voyons le monde non plus à travers les lunettes de la mort, mais celles de la vie. Nous voyons le monde à travers les yeux de la foi, de la grâce de Dieu librement accordée.

En d’autres termes, comme disciples, il nous a été accordé le don de discerner l’expression de la grâce du Seigneur dans le monde, son œuvre de salut se manifestant tout autour de nous. Une œuvre discrète, comme un souffle fragile, répondant à ce besoin qui nous est fondamental et qui se trouve à être celui de l’espérance.

Pourquoi – ou de quoi – aurions-nous besoin, frères et sœurs, d’être sauvés?

Mon expérience des épreuves de ce monde, mais aussi de l’ouvrage du Seigneur à travers nos relations m’a reconnecté, voyez-vous, à ce besoin de salut dont je n’avais plus conscience de. Cela s’est opéré, entre autre, à travers notre lecture des Écritures qui est si chère aux Pères et Mères de la Réforme. Ensemble, nous avons redécouvert l’histoire sainte. Une histoire – notre histoire à tous et toutes – qui est semée d’embûches, certes, mais aussi d’expériences de la grâce de Dieu. Grâce librement accordée qui transforme et ouvre des chemins là où il ne s’en trouvait pas. Grâce qui nous permet, nous incite à une espérance non pas vide de sens, mais ancrée dans l’expérience de notre histoire commune ainsi que notre quotidien. Dieu y fait du neuf chaque jour ; nous n’y pouvons rien, car c’est le don de Dieu.

Frères et sœurs dans le Christ, en ce Dimanche de la Réforme qui, humblement, nous ramène à l’essentiel, Dieu nous accorde un nouveau regard sur la vie. Un regard qui permet de voir au-delà des fatalismes pour mieux se concentrer autant que possible sur l’oeuvre de sa grâce. Par son salut, le Seigneur fait émerger en nous une nouvelle espérance à même ce monde désespérant, Il insuffle la vie dans ce qui paraissait de prime abord être mort et sans avenir.

Gloire soit rendue au Seigneur, lui qui nous accorde le salut en vertu de notre foi, notre attachement, notre confiance en ses promesses!

Amen


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