Repentance et récompenses

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Luc 13, 1-9

Pensez-vous que le peuple ukrainien, gazaoui, haïtien, congolais, et tous les peuples qui vivent présentement en zone de guerre sont de plus grands pécheurs – qu’ils sont plus loin de Dieu – que nous qui vivons en paix et dans l’abondance ? « Non », dit Jésus, « mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous et toute de même. » Et les personnes qui reçoivent une grosse tuile sur la tête – un diagnostic, un congédiement, un accident grave, une séparation, le décès d’un proche… whatever… pensez-vous qu’elles avaient plus à se reprocher que toutes les autres « Non » nous dit Jésus, « mais si vous ne vous repentez pas, vous finirez toutes et tous de la même manière. » 

Mais… tout le monde va périr. Ce n’est pas tout le monde qui saura c’est quoi, vivre en zone de guerre, c’est vrai. Et c’est tant mieux. Mais à un moment donné, tout le monde doit affronter le malheur et la mort. Personne n’y échappe… personne.

Quand un malheur nous arrive, il est très humain de se demander pourquoi, de chercher un coupable… et même de pointer Dieu du doigt. Qui n’a pas déjà dit, ou entendu quelqu’un d’autre dire, « Que c’est que j’ai fait au bon Dieu pour mériter ça ? » Cette façon de penser est reflétée dans notre système judiciaire qui est basé sur une logique de justice rétributive… où récompenses et punitions sont distribuées selon ce que l’on mérite aux yeux de la société. Cela peut nous amener à croire que, quand un malheur arrive, soit Dieu nous punit, soit Dieu nous a carrément abandonnés. Cela peut aussi nous amener à abandonner Dieu. Car honnêtement, qui voudrait louer un Dieu Tout-Puissant qui abandonnerait les humains dans l’épreuve ? Cette façon de penser, c’est péché, justement parce qu’elle nous éloigne de Dieu qui a une façon toute autre de penser, de concevoir la vie : « C’est que vos pensées ne sont pas mes pensées et mes chemins ne sont pas vos chemins – oracle du SEIGNEUR. » (Ésaïe 55, 8) Ne nous laissons pas nous emprisonner dans une logique stérile. Par la grâce de Dieu, laissons l’Esprit-Saint changer nos cœurs, et notre pensée. Repentons-nous. 

« Se repentir » peut justement être traduit par « changer de pensée », ou changer de cœur. Rappelons-nous que dans l’univers de la Bible, le cœur est le siège, non pas de nos émotions mais de nos décisions, des raisonnements, nos motivations profondes, ce qui fait sens pour nous. Cela me fait penser que peut-être que ce qui distingue les gens est moins le fait que le malheur tombe sur certains et pas sur d’autres et plutôt le sens qu’on donne à ce qui nous arrive. Le sens… c’est la façon de comprendre et aussi de s’orienter dans la vie. 

À l’époque de Jésus, les gens pensaient que la justice de Dieu était rétributive… Dans Jean 9, on amène à Jésus un homme né aveugle et on lui demande à qui la faute, l’homme ou ses parents. Jésus est catégorique : le handicap n’est pas dû au péché de qui que ce soit. Jésus nous invite à nous repentir, à changer notre façon de penser. La justice de Dieu n’est pas rétributive. Elle est réparatrice. Elle rétablit les liens, reconstitue la communauté, re-crée… Repentons-nous pour vivre et mourir autrement qu’enfermés dans une logique de rétribution.

Notre repentance nous sortira d’une logique qui nous enfermerait dans le malheur et le désespoir en nous faisant douter de la bonté et la bienveillance de Dieu pour toutes ses créatures… même celles dont la vie nous paraît complètement stérile. 

Pensez au figuier dans la parabole qui ne porte pas de fruit. Il a l’air bon à rien. Mais le vigneron invite le maître à lui donner une autre chance. Toutefois, le figuier n’est pas laissé à lui-même. Le sort du figuier ne dépend pas de ses seuls efforts, de ses propres mérites. Le vigneron va mettre du sien. Il va tout faire pour favoriser la revitalisation du figuier. Il va bêcher tout autour, mettre du fumier. Rien ne garantit que tous ses efforts porteront du fruit. Peut-être que l’arbre finira coupé. Pas d’acharnement thérapeutique… toute bonne chose à une fin. À un moment donné tout périt. Mais Jésus ne nous montre-il-pas que la mort n’est qu’un passage… la MORT et toutes les petites morts que nous vivons tout au long de la vie. C’est cela l’espérance chrétienne. Et cette espérance fait toute la différence dans le cœur des gens, n’est-ce pas ? 

Cette espérance, c’est Dieu, par sa grâce, qui la sème dans notre cœur. C’est une force créatrice qui reflète l’image de Dieu en nous. Chaque geste que nous posons en faveur de la justice réparatrice, des droits humains, de la paix, de la digité de tous les enfants de Dieu témoigne de notre espérance. Chaque geste, chaque parole qui témoigne de notre confiance en Dieu qui peut faire fructifier les vies et les situations qui sont, en apparence, complètement stériles. 

Jésus nous le rappelle aujourd’hui. Le malheur fait partie de la vie. Personne n’y échappe. Pourtant, par la grâce seule et l’œuvre du vigneron dans nos vies, tout le fumier qui nous tombe dessous peut devenir de l’engrais qui favorisera le développement de fruits à l’avenir. Amen.


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