Mon rédempteur est vivant!

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Jean 20, 1-18

On dit souvent que l’arbre du christianisme n’a pas bonne mine au Québec. Vous l’avez certainement entendu dans les bancs d’église ou à la télévision. Comme un bosquet de fleurs fanées, les sanctuaires semblent se vider et le nombre de vocations paraît être en décroissance.

Que faire pour cultiver nos communautés ? Quelle astuce de jardinier pourrait-on mettre en pratique pour redresser les plants ? Certains et certaines espèrent qu’un plan de croissance puisse faire rouler la pierre de nos inquiétudes, mais un scepticisme persiste.

Pourtant, pas si loin de chez nous, on peut entendre un cri de surprise. Chez nos voisins en France, des fruits semblent faire une apparition inattendue. Si vous avez l’occasion de lire le journal La-Croix, l’Église catholique de France se fait un honneur de dénombrer pas moins de 10 000 baptêmes d’adultes qui ont eu lieu en ce dimanche de la Résurrection.

10 000 baptêmes… soit pas moins de 45% de plus que l’année passée. À en voir ces fruits qui, semble-t-il, trouvent leurs nutriments dans la vie fraternelle, Il semble que les jardiniers ont bien travaillé. Du moins, on pourrait dire que cela tient du miracle !

Il n’y a pas plus de 2000 ans, un évènement tout aussi inattendu se produisit en Judée. Alors que trois femmes vinrent au tombeau du crucifié afin d’embaumer son corps, voici qu’elles trouvèrent la pierre roulée, une entrée libre. Ce fut un véritable choc pour elles… Mais ce qui est encore plus étonnant là-dedans, c’est qu’elles s’aperçurent que le tombeau était vide.

Marie de Magdala et ses amies étaient sous le choc. Se pourrait-il que notre rédempteur soit… ?

Choquant, oui. Étonnant, complètement déroutant ! La résurrection du Seigneur était aussi impensable que les 10 000 catéchumènes de France qui ont pourtant fait leur confession de foi aujourd’hui même.

Bien sûr, je serais tenté de faire un Thomas de moi-même en disant : « Si je ne les vois pas mes propres yeux, je n’y crois pas ». Peu importe ce qu’on peut en penser, j’aime croire que c’est ce qui a peut-être traversé l’esprit de Marie de Magdala, elle qui est restée près du tombeau, pleurant la disparition du corps de Jésus.

La pierre est roulée, les signes sont là…. Se pourrait-il que notre rédempteur soit… ?

Nous aussi, nous pouvons avoir des réserves devant de tels tournants inattendus dans nos vies. Il est approprié d’être prudents dans nos jugements, mais il importe aussi parfois de laisser notre porte ouverte à l’étonnement. Dieu n’est-il pas celui qui sème à tout vent parmi les champs désherbés et au milieu de l’ivraie, laissant la grâce agir ?

Frères et soeurs, c’est justement un tel tour de grâce de la part de Dieu qui marqua un tournant chez Marie de Magdala. Le coeur brisé tout près du tombeau, elle voit des signes qu’elle ne peut comprendre ni accueillir, car le deuil prend toute la place. Et pourtant, alors que Marie de Magdala pleure son maître, un jardinier l’interpelle et lui demande la raison de sa tristesse.

« Si c’est toi qui l’as enlevé, répond Marie, dis-moi où tu l’as mis, et j’irai le prendre. »

En guise de réponse, le mystérieux jardinier se révèle à travers un seul mot, un seul nom. Lorsqu’elle entendit la voix de Jésus prononcer son nom, l’évangéliste mentionne le retournement de Marie qui s’écrit alors « Rabbouni, mon maître ! »

Cette réunion entre la disciple et son maître est, à mon avis, un des passages les plus sous-estimés de l’Évangile selon Jean. La disciple, appelée par son nom, reconnaît son Seigneur qui la détourne du deuil pour retourner son attention vers la grâce qui s’exprime de manière inattendue.

Cet appel qui fut celui de Marie de Magdala n’est pas étranger à celui des 10 000 catéchumènes de France. Nombre d’entre eux et elles témoignent d’un appel de Dieu qui trouve son origine dans le témoignage des autres croyants. Des amis qui les connaissent, qui les accompagnent dans les bons et les mauvais temps. Des amis qui les appellent par leur prénom, cultivant ainsi la relation avec patience et douceur.

Comme une fleur, l’amitié entre Marie et Jésus s’est développée tout au long de son ministère. On peut dire, même, qu’elle a fleuri en ce jour de résurrection. Marie a été choisie pour être la première témoin du Christ ressuscité qui l’appela par son nom afin qu’elle témoigne à son tour.

En se faisant elle aussi jardinière comme le Christ ressuscité, Marie de Magdala nous rappelle toute l’importance de l’écoute et de l’ouverture à l’inattendu. C’est par le soin que nous apportons à nos relations et au témoignage de notre foi que nous communiquons la grâce de Dieu.

Frères et soeurs dans le Christ, ne soyons pas dans la tristesse ou simplement dubitatifs, mais accueillons les évènements inattendus. En ce jour de résurrection où Dieu pousse toutes les pierres de nos vies, soyons dans l’étonnement.

Par ces évènements extraordinaires qui continuent à se produire, le Seigneur fait du neuf et il ne nous reste qu’à soigner les plants et récolter les fruits de la vie. Nous tous et toutes, le Seigneur Jésus nous a appelés par notre nom pour que nous soyons ses témoins auprès de nos frères et soeurs.

Gloire à Dieu au plus haut des Cieux ; notre rédempteur est vivant ! Amen