Cherchons d’abord le Royaume

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Matthieu 6, 27 à 34

On dit parfois que le stress est un des plus grands maux de notre époque. Pour s’en convaincre, nous n’avons qu’à nous rappeler que le stress est considéré aujourd’hui comme un facteur de risque important quant au développement de nombre de maladies, dont le cancer.

Mais… quand on y pense, c’est tout de même étonnant que notre société soit aussi stressée au point d’en développer des maladies! Ne faisons-nous pas partie d’une culture promettant les beaux vêtements, la bonne bouffe et l’accès à l’eau potable, bref le confort? Honnêtement, je n’ai pas besoin de faire le tour de nos angoisses et des nouvelles à la télévision afin de vous convaincre que ce n’est pas tout à fait notre réalité. Il se trouve une différence entre ce que nous vivons et ce que nous espérons, ce que nous imaginons de notre société.

Plusieurs d’entre nous, dont moi, s’inquiètent du lendemain et du surlendemain. Le stress, la peur de manquer, est une réalité quotidienne. Nous éprouvons bel et bien des défis et faisons face au manque de toutes sortes. Les coûts de la vie qui augmentent drastiquement ont de quoi, par exemple, nous faire pousser des boutons. Moi, ce n’est pas si pire parce que je suis célibataire, mais, advenant que j’aie des enfants ou que je sois en couple, mon angoisse monterait probablement au top. Nous pourrions aussi évoquer le stress occasionné par les états financiers de nos communautés de foi. Ça tombe bien parce que le mois de septembre, comme vous le savez peut-être déjà, est le fameux mois des subventions, des paperasses qui nous rappellent une fois de plus la fragilité de nos ministères.

Bien entendu, le stress occasionné par la peur du manque n’est pas nouveau dans l’histoire de l’humanité. Pour répondre à l’angoisse et la réalité qu’est le manque, l’Église nous a souvent invités à la confiance en Dieu qui, par sa Providence, nous accorderait tout ce dont nous aurions besoin. C’est une conception théologique classique et que vous avez déjà l’Église. Je la qualifierais volontiers de bon bouillon de poulet l’âme chrétienne, mais, en même temps, pour faire un peu baveux, de souplette pas toujours très consistante. Ce n’est pas parce que nous croyons en les bons soins du Seigneur que nous ne manquons de rien. Nos vies et notre société parlent d’elles-mêmes et remettent en question cette conception théologique un peu trop facile.

Toutefois, cela voudrait-il dire pour autant que les paroles de Jésus manquent d’ancrage dans la réalité? Je ne pense pas et je crois que notre conversion est allée dans ce sens-là. C’est pourquoi il y a intérêt à redécouvrir ce passage de l’Évangile selon Matthieu que nous avons lu et commenté.

Voyez-vous, le stress lié au manque faisait partie du quotidien des disciples de l’époque. Jésus le savait très bien et c’est pourquoi il a encouragé les disciples à travers une invitation aussi étonnante que mobilisatrice.

« Il sait bien, votre Père céleste, que vous avez besoin de toutes ces choses [comme les vêtements, la nourriture ou l’eau potable], nous dit Jésus avant de renchérir. Cherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu, et tout cela vous sera donné par surcroît. »

Jésus ne nie pas nos besoins essentiels. Il n’ignore pas non plus le stress que nous pouvons éprouver face à la réalité de la vie qui comporte des épreuves spirituelles et matérielles. C’est assez étonnant comme invitation, d’ailleurs, parce qu’elle vient un peu chambouler la perspective d’un Jésus complètement détaché des biens matériels et des besoins de tout un chacun. Jésus, au contraire, connaît nos manques, nos pauvretés. Il connaît nos angoisses étant donné que, quelque part, il les a aussi connus. Jésus a éprouvé la faim, la soif, le dénuement, le stress, mais, au même moment, il s’est aussi accroché à Dieu.

Cette confiance de Jésus a pour effet de proposer une perspective autant inédite que mobilisatrice. Malgré la crainte qui peut être la nôtre, Jésus nous invite en premier lieu à chercher le Royaume de Dieu. Voyez-vous, au contraire de ceux et celles qui restent dans l’inaction en présumant que la Providence vient de Dieu seul, les disciples du Seigneur sont plutôt appelé à être des agents actifs dans la réponse à leurs propres besoins.

On a une belle expression en français que vous connaissez bien et qui peut bien traduire l’invitation de Jésus : « Aide-toi et le Ciel t’aidera. » Attention! Il n’est pas question ici d’une récompense pour nos bonnes œuvres, mais d’un engagement réciproque entre Dieu et son peuple qui porte des fruits. C’est comme si, dans un dynamisme divin, le bien que nous faisons en oeuvrant pour Dieu et avec Dieu nous est rendu d’une manière ou d’une autre. En actualisant le Royaume, tout ce dont nous avons besoin nous est donné de surcroit.

Je vous avoue que c’est assez mystérieux comme proposition de la part de Jésus et que ça n’enlève pas notre angoisse qui est réelle et légitime. Pourtant, dans ce mouvement paradoxal de la grâce qui agit pour nous et à travers nous, nous participons à l’oeuvre providentielle du Seigneur pour l’ensemble du monde. Loin des clichés habituels des chrétiens qui ne feraient que prier pour recevoir le nanane, l’Esprit nous invite ce soir à poursuivre notre mission dans la confiance et l’assurance.

Frères et sœurs dans le Christ, alors que nous entamons ensemble notre premier dimanche du mois des offrandes et que nous nous apprêtons à communier avec le Seigneur qui se trouve au côté de chacun et chacune de nous, puissions-nous oeuvrer avec lui pour un monde plus juste.

Mettons sans plus tarder la main à la pâte, préparons les outres à vin dans la joie même d’oeuvrer pour le Seigneur qui fait de nous des sources d’eau vive. Ainsi, dans la communion, nous pourrons nous désaltérer et partager avec autrui les dons de la grâce.

Qu’il en soit ainsi selon notre foi.

Amen