Unis par les dons de l’Esprit

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1 Corinthiens 12, 4-11

Ce soir, j’ai une anecdote de jeunesse à vous partager…

Quand j’avais environ 16 ans, je faisais comme pas mal de jeunes de mon époque et je trainais sur des sites web pour clavarder avec d’autres personnes. Quand on se connectait, on pouvait choisir une liste de salons qui correspondaient à des thématiques et des intérêts. Moi, j’étais un fidèle des salons gaming et de philosophie, mais il y en avait un qui attirait tout le temps mon œil de gothique avec les cheveux mauves et les gros spikes aux poignets. Ce salon-là s’appelait « Jésus t’aime ».

Ça faisait longtemps que je trainais plus dans les communautés chrétiennes et j’aimais ça aller faire un tour dans ce salon-là, mais pas pour les raisons que vous pensez. Ah! si vous saviez comment la prédicatrice en a bavé avec moi. Je présentais des questions, des dilemmes tous plus embarrassants les uns que les autres.  Pourtant, la prédicatrice n’abandonnait jamais avec moi. C’est sûr, elle arrêtait de répondre à mes provocations un moment donné, mais elle prenait quand même un temps avec moi pour discuter.

Quand elle m’a dit un jour que son temps était son offrande au Seigneur, je n’ai pas compris sur le coup. Je n’en avais pas conscience à l’époque, mais le temps qu’elle m’a accordé a semé quelque chose en moi qui, près de 20 ans plus tard, est devenu essentiel dans mon propre ministère.

Des expériences de même, je pense qu’il faut en cultiver le souvenir et les partager. Trop souvent, dans notre culture, on présume de dons innés ou bien acquis par les efforts, oubliant parfois que, de notre rencontre à l’autre, peut surgir quelque chose en dedans de soi.

Personne ne saurait nier qu’on grandit avec certaines inclinaisons, et ce, que ce soit pour des raisons génétiques ou en réaction à notre environnement. De là peuvent émerger des dons fort précieux qu’il importe de cultiver et de célébrer. Toutefois, il y a aussi des dons qui semblent venir d’ailleurs et dont on peut s’étonner de développer.

Voyez-vous, la conciliation entre les individus qui ont formé les premières communautés chrétiennes tenait du miracle. Dès le début, les disciples ont dû apprendre à vivre ensemble dans une pluralité de cultures, d’expériences et de points de vue. Il n’y a pas à dire : c’était le bordel. Les conflits étaient au rendez-vous, preuves en sont les lettres de Paul qui répondaient à des situations et qui avaient pour objectif de créer de l’unité.

Sans entrer dans les détails du conflit qui plombait la communauté de Corinthe, il semble que Paul ait eu à coeur de rapprocher les membres.  Pour ce faire, il leur rappela l’oeuvre de l’Esprit en eux et parmi eux, œuvre se traduisant par des dons inattendus qui viennent souder leurs relations.

Ça peut être étonnant aujourd’hui pour une culture comme la nôtre, mais les dons accordés par l’Esprit saint naissent dans la relation à l’autre et visent à soigner cette dernière. L’Esprit donne ce qu’il veut : dons de prophétie… pour discerner l’avenir de la communauté, dons de sagesse… pour soutenir l’assemblée et même le don de comprendre le parler en langue… pour traduire l’expression de l’Esprit chez les uns et les autres. Quoique je pense que la liste des dons de l’Esprit pourrait être bien plus longue que celle de Paul, l’important à retenir est que ces dons s’imbriquent ensemble comme les membres se rattachent pour former un corps.

Moi, dans mon cas, l’harmonie des membres dans le corps de l’Église, ça a longtemps été difficile à comprendre. Dès ma jeunesse, mon expérience avec les communautés chrétiennes a été très conflictuelle pour toutes sortes de raisons. J’avais le don de remettre en question les présupposés et de faire chier le monde. Autant ça pouvait créer du scandale chez les membres qui n’arrivent pas à sortir de la boite autant, aujourd’hui, je vois encore ça comme un don lié au discernement. Souffler sur les châteaux de cartes, j’étais bon pour ça, mais je payais pour… À un tel point que je refusais de faire partie de groupes, de communautés et même de travailler en équipe.

Je voulais être tout seul et vivre tout seul ma foi. Je ne voulais – et je ne pouvais – ni être pasteur ni avoir un pasteur. Cette posture-là qui était la mienne à l’époque, je l’ai bien fait comprendre à la prédicatrice de « Jésus t’aime ». Pourtant, je ne peux pas m’empêcher de croire autrement que cette servante du Seigneur a su détecter chez moi mon besoin de relation et de mettre à disposition mes talents en vue de faire communauté. Elle avait le don de la conciliation, de répondre aux provocations et d’essayer de rassembler tous les jeunes qu’on était.

À bien y penser aujourd’hui, elle m’a, par la force de l’Esprit saint, enseigné la valeur de la fraternité et la coopération. Elle a participé à l’émergence d’un don qui avait très peu de chance de germer dans mon terreau intérieur. Voyez-vous, il y a des dons et des talents qui, par l’entremise de la puissance de l’Esprit, prennent racine dans la relation à l’autre. Ces dons inattendus et donnés par la grâce servent à prendre soin des uns et des autres, à former le corps du Christ.

Cette anecdote m’amène à vous adresser les deux questions suivantes : quels dons émergent en vous en ce moment ? Quelle est cette force intérieure qui se développe chez vous alors que nous nous côtoyons chaque dimanche, rassemblée autour du Seigneur?

Voilà deux questions difficiles, frères et sœurs dans le Christ, mais qui s’avèrent essentielles pour comprendre l’oeuvre de l’Esprit en nous et parmi nous. Dieu donne sans réserve, il soutient son Église par des dons merveilleux et inattendus. À travers nous, à travers nos talents qui s’imbriquent comme des pièces de casse-tête, Dieu fait surgir une communauté de disciples.

En nous et parmi nous, la volonté du Seigneur s’accomplit. Par son soutien, nous sommes en mesure de célébrer son œuvre en partageant nos dons, ces fruits en vue de l’unité.

Qu’il en soit ainsi selon notre foi.

Amen