Qu’est-ce qu’on attend?
image : Geralt, pixabay.com
Ésaïe 2, 2-5 \ Romains 13,8-12
Qu’est-ce qu’on attend ? Quand j’étais petite, bien avant les spéciaux du Vendredi fou et du Cyber-lundi, ma sœur et moi guettions l’arrivée du Wish Book, le catalogue de Noël de chez Sears. Je nous vois encore par terre dans le salon en train d’étudier attentivement chacune des pages afin de montrer à nos parents exactement ce que nous espérions recevoir à Noël. C’était un moment magique. C’était un temps de grâce. Il faut le dire, nous sommes très différente l’une de l’autre. Noël, c’était à peu près le seul moment de l’année où ma sœur et moi ne nous chicanions pas. Une fois les cadeaux déballés… nous nous mettions à jouer ensemble dans la paix et la bonne entente pendant des heures et des heures… à tel point que nos parents ne nous demandaient pas de serrer nos jouets. Tout trainait dans le salon pendant tout le temps des fêtes. Je pense que nos parents craignaient que brise « la magie de Noël »… et que nos jouets redeviennent des instruments de guerre entre nous.
Aujourd’hui… plus de catalogue Sears. Ce sont nos ordis et nos tablettes qui nous annoncent qu’un temps de de paix est à notre portée. Faites-en l’essai. Tapez « Noël sans stress » dans vos moteurs de recherche et vous trouverez plein de trucs et de conseils : suggestions de petits cadeaux pas trop chers et de menus faciles à préparer, conseils pour rester Zen, listes d’astuces pour bien gérer son temps et son budget. Une fête de Noël sans stress, sans souci, sans chicanes, sans grosses dépenses, sans dette. Qu’est-ce qu’on attend ? Pourrait-on demander mieux ?
Oui, nous disent les Écritures ! On peut s’attendre à beaucoup mieux ! Un autre monde est à la portée de toutes et de tous. Avez-vous remarqué ? Ésaïe nous dit que TOUTES les nations afflueront vers Dieu. Dieu montrera ses chemins à de nombreux peuples. Son instruction – sa Parole – sera pour le monde entier. Dieu sera l’arbitre dans les zones de conflit et établira la justice. Toutes et tous auront leur juste part de ses bienfaits. Plus besoin d’armes. On en fera des outils de jardinage. On consacrera le meilleur de nos efforts à cultiver la vie partout sur la terre. Tellement une belle vision. Mais comment continuer à attendre quand nos fils d’actualité semblent nous donner toutes les raisons de baisser les bras ?
Frères et sœurs, les lectures bibliques de cette semaine nous le rappellent : l’espérance chrétienne n’a rien à voir avec la pensée magique. Notre attente ne doit pas être passive. Ça prend des efforts, forger des instruments et cultiver la terre. On ne peut pas s’assoir sur nos mains, il faut mettre l’épaule à la roue pour avancer toutes et tous ensemble dès aujourd’hui à la lumière du Seigneur. Par la grâce seule, Dieu nous donne sa lumière, nous montre ses chemins, il nous donne son instruction : « Aimez-vous les uns les autres ». À nous de choisir de la suivre, d’avancer ou de faire du sur place et de rester derrière.
Rien de nouveau sous le soleil d’aucuns diraient. Depuis la nuit des temps, les peuples se déplacent et sont déplacés. À l’époque d’Ésaïe, les populations du Nord et du Sud d’Israël vivent non seulement sous la menace des Assyriens, ils se font la guerre entre eux. En 722-721, Samarie, la capitale du Nord est prise par les Assyriens et la population déportée. Deux décennies plus tard, en 701, les Assyriens assiègent Jérusalem, détruit de nombreuses villes et une partie de la population du Sud est, elle aussi, déportée. Le peuple d’Israël attend sa délivrance. C’est dans ce contexte qu’Ésaïe apparait. Il pose un regard lucide sur le monde dans lequel il vit et il dénonce ce qu’il voit : combinaisons politiques échafaudées par les dirigeants dans le seul but de consolider leur pouvoir, violations du droit et de la justice sociale, pratiques religieuses derrière lesquelles s’abritent les exploiteurs des plus vulnérables. Les temps sont troubles, les dangers bien réels. Ésaïe le voit, le nomme. Mais au peuple qui attend sa délivrance, Ésaïe (dont le nom signifie « Dieu sauve » ) offre aussi un message mobilisateur. Ce qui nous attend, c’est bien plus qu’une belle fête qui ne dure qu’un soir, mais la vie en abondance pour des peuples nombreux. Malgré nos erreurs de parcours, Dieu nous offre toujours la possibilité de nous réorienter, de nous réaligner sur son instruction. Le salut, est proche, à distance de marche même.
Je ne peux pas entendre les promesses de Dieu dans cet extrait du livre d’Ésaïe sans penser à tous ces peuples qui affluent vers notre pays aujourd’hui. Ils ne sont pas si différents de nos ancêtres qui sont arrivés au Québec et au Canada, fuyant souvent la famine, la précarité, la persécution (religieuse ou autre) en quête de justice, de paix, d’un avenir meilleur pour eux et pour leurs enfants. Et eux n’étaient pas si différents de nos ancêtres dans la foi. Les fils de Jacob, pour survivre à une famine, finissent en Égypte. Ruth, la grand-mère de Jessé et donc l’arrière-grand-mère du Roi David était une immigrante moabite sans ressources quand elle est arrivée en Judée. Joseph, Marie et l’Enfant-Jésus ont fui en Égypte sous les menaces d’Hérode. Dans toutes ces histoires, c’est l’accueil qu’on fait à une famille, une personne qui change tout… même le monde.
J’entends beaucoup d’histoires de personnes im-migrantes depuis que je travaille Pour MCM (Montreal City Mission ) à Québec.
En octobre 2025, alors que beaucoup d’organismes communautaires diminuent leurs activités ou ferment carrément leurs portes, MCM a ouvert une succursale de sa clinique juridique Solutions justes dans la Capitale-Nationale, quelques mois à peine après la fermeture du bureau de l’aide juridique en immigration à Québec. Depuis le premier jour, le téléphone ne dérougit pas. À tel point que, notre deuxième priorité, après l’accompagnement des individus et des familles, est de solliciter des dons afin d’engager d’autres intervenants juridiques. Beaucoup d’Églises et d’organismes communautaires offre de l’aide (fournissant nourriture, vêtements, articles pour la maison, conseils et soutien de toutes sortes) mais tous ne sont pas outillées pour de l’accompagnement juridique. MCM offre un service essentiel et complémentaire à ce que font nos communautés de foi pour vivre selon la loi de Dieu en aimant leur prochain.
Il ne faut jamais sous-estimer l’impact de notre accueil de celles et ceux qui marchent à nos côtés dans l’espoir d’un avenir meilleur. Oui, il y a un effort à fournir. Tout le monde doit mettre l’épaule à la roue. Mais tout geste compte. Ensemble, nous avancerons pas à pas vers le monde à venir. Promesse de Dieu. Nous avons tout ce qu’il nous faut. Dieu a répandu son amour dans nos cœurs. Nous n’avons qu’à partager ce que nous avons déjà reçu, par la grâce.
C’est ça qui fait la magie de Noël : l’amour dont nous disposons et que nous sommes appelés à partager avec nos frères et sœurs. C’est la magie qui a permis à ma sœur et moi de jouer ensemble et ensuite de grandir ensemble dans la paix. Au début, ça durait le temps des fêtes… mais nous avons fait des efforts. Plutôt que de se faire la guerre, avec l’aide de Dieu, nous essayons de cultiver la vie entre nous et autour de nous.
C’est ça, la magie de Noël. C’est aussi simple et aussi exigeant que ça. La magie de Noël, c’est l’invitation à choisir librement le chemin de la paix et de la vie abondante pour tous les peuples et la création tout entière. Le chemin est parfois sinueux, pas toujours balisé et souvent exigeant… mais il ne finit jamais en cul de sac. Il ouvre toujours sur la Vie. Qu’est-ce qu’on attend ? Dieu nous donne son instruction. Aimons-nous les uns, les unes les autres. Marchons à la lumière du Seigneur. Amen.