Prendre le risque de la Parole
image : Rhysara de Pixabay
1 Samuel 2, 1-10 \ 1 Samuel 3, 8-18
Qui parmi les habitués du culte n’a jamais entendu parler du récit du beau petit Samuel?
C’est l’histoire d’un bel enfant consacré au Seigneur dès son plus jeune âge. Les Écritures nous racontent que, pendant une nuit, Samuel entendit la voix du Seigneur pour la première fois de sa vie. Allongé dans son lit et porté par le silence de la nuit, le petit Samuel fait comme son maître, Eli, lui suggéra. « Parle Seigneur, dit Samuel. Ton serviteur écoute. »
Quel beau récit! Ce n’est pas sans raison que l’appel de Samuel est un classique du culte dominical. Ça fait chaud au coeur, ça conforte les disciples dans l’importance accordée à l’écoute de la Parole. Pourtant, au même instant, jamais de ma vie je n’ai entendu l’entièreté du récit être proclamée en chaire. S’il y a un appel de Dieu, il y a pourtant un message qui vient avec!
Oui, le beau petit Samuel n’est pas seulement appelé à écouter le Seigneur, mais aussi à prendre la parole pour transmettre celle de Dieu. Une parole pour le moins… risquée. Le Seigneur demande à Samuel de prêcher contre Eli, son maître, et ses deux fils qui sont des prêtres.
Eli… Un père laissant sévir ses deux fils qui, nous rapporte l’auteur dans un chapitre précédent, pigent dans les offrandes sacrificielles et rackettent les familles[1]. De même, on raconte qu’ils abusent, qui plus est, des femmes à la Tente de la rencontre, ce lieu consacré à la rencontre de Dieu avec son peuple[2].
Imaginez-vous un instant la scène où le petit Samuel est appelé par Dieu à prendre la parole pour dénoncer les abus des magnats de la caste cléricale de l’époque. C’est tout un programme, ce n’est pas une mince affaire pour un enfant qui, je le rappelle, n’a aucun droit de parole dans sa société et n’est qu’un simple serviteur des prêtres! Peut-être est-ce là la raison expliquant que ce bout du récit est si souvent purgé des lectures au culte dominical?
Vous savez, l’histoire de l’Église nous démontre que cette dernière sait faire preuve d’écoute, discernement et de piété. Cependant, elle perd de sa superbe quand il est question de dénoncer les violences et les abus de l’autorité… surtout quand elle est concernée! Pour nous, gens de 2026, il est difficile d’approcher le récit du petit Samuel sans nous souvenir des scandales actuels en lien avec l’Église et les cas flagrants d’abus qui y ont été perpétrés. Comment ne pas voir une correspondance, d’ailleurs, entre la complaisance d’Eli envers ses deux fils et un clergé qui a camouflé les abus et voir tenté de protéger les abuseurs pour ne pas perdre la face?
S’il est encore un chemin de croix que de dénoncer les abus aujourd’hui du fait d’un cléricalisme encore présent, pouvez vous imaginez ce que ça devait être au temps du prophète Samuel? C’est avec raison que l’auteur nous stipule que Samuel craignait la réaction de son maître! Eli et ses deux fils étaient des intouchables, protégés par l’institution d’antan. Qui oserait l’audace de les dénoncer sinon le Seigneur par l’entremise d’un enfant qu’il a choisi et appelé?
Vous voyez, le récit du petit Samuel reflète notre désir de la justice, mais aussi notre occasionnelle difficulté à prendre la parole. Ce récit, en sommes, est le nôtre et dans lequel nous nous sentons parfois désarmés face aux puissants de ce monde. À notre époque où les orgueilleux gagnent en terrain et ont pour ambition de dominer les cœurs, il peut nous arriver de nous sentir impuissants. Nous pouvons avoir l’impression que les abuseurs font la loi et qu’une partie de l’humanité, en fermant les yeux, devient aussi complice que Eli.
Toutefois, comme tout bon récit prophétique du Premier testament, l’appel de Samuel nous invite à nous souvenir des promesses du Seigneur. Dieu veille au grain et il ne laissera aucun abus sans intervenir. Aucune puissance de destruction n’aura le dernier mot sur son peuple comme la mort ne saisira pas éternellement le Christ. Nul ne saura taire le désir de Dieu qui est désir de vie et de justice pour tous les êtres vivants. Vous avez peut-être déjà entendu une formule biblique disant que le sang des innocents crie vers leur Seigneur[3]. Et bien, Dieu nous entend. Il nous voit et nous invite à prendre la parole à la suite de Samuel et Jésus afin de témoigner de son amour et rappeler aux puissants que ceux qui sèment le vent récolteront un jour la tempête[4].
Frères et sœurs dans le Christ, tout comme Samuel et le Christ nous avons été appelés par Dieu. Bien que nous pouvons craindre les représailles des puissants ou bien de ne pas être pris au sérieux, l’Esprit nous invite à mettre notre confiance dans le Seigneur qui fait toutes choses nouvelles par ses serviteurs et ses servantes. Il n’y a pas de prières ni de paroles sans effets et encore moins de méchancetés qui restent sans réponses. Prendre la parole est un risque, mais un risque valant la peine puisque la parole de ceux et celles qui désirent la justice concorde avec celle du Seigneur qui nous vient en aide en ces temps troubles.
Que sa Parole nous inspire comme au temps des prophètes et nous guide sur les chemins de la justice quand bien même la nuit tombe. Prenez courage; soyez à l’écoute. Dieu vous fortifie et vous inspire de son amour.
Qu’il en soit ainsi selon notre foi.
Amen
[1] 1 Samuel 2, 22-26 / [2] Idem / [3] Genèse 4, 10 / [4] Osée 8, 7