Une espérance vivante!

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1 Pierre 1, 3-12

Vous savez, même les textes en apparence banals peuvent faire émerger en nous des réflexions intéressantes. Mine de rien, lorsque j’ai lu la 1e Épitre de Pierre en début de semaine, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir tout un flashback de mes études en théologie catholique.

Je me souviens particulièrement de mes recherches, de ces lectures exhaustives de lettres pastorales. Dans celles-ci, on retrouvait des correspondances d’évêques comme Ignace Bourget et qui étaient, comme Pierre, plutôt friands d’un « laisser-aller » verbal qui ne comportait à peu près aucune syntaxe. Les archives diocésaines en sont pleines et, par le fait même, démontrent qu’il y avait à l’époque une véritable machine pour faire rouler l’Église. Dans le temps, le ministère, c’était de la grosse stratégie, un peu comme le jeu de Risk, tiens!

Je fais ici un brin d’humour pour rappeler à quel point le Québec d’hier et d’aujourd’hui a reçu un héritage important de la part de l’Église, et ce, avec ses réussites et ses échecs.

Cela dit, dans une culture qui est autant redevable au fait religieux, on pourrait s’attendre à une certaine ouverture à l’égard de la foi, non? Malheureusement, aujourd’hui même, nous pouvons être témoins d’une certaine résistance. Sachant que certains et certaines d’entre vous habitent en dehors du Québec, il est bon de rappeler que le gouvernement caquiste a fait passer tout récemment son projet de loi quant à l’interdiction des fameuses « prières de rues ». Depuis l’adoption de cette loi il y a deux semaines[1], il n’est plus possible de nous rassembler pour prier ou pour rendre un culte au Seigneur dans les espaces publics sans l’autorisation des municipalités. Toute expression de la foi hors du sanctuaire est désormais restreinte.

On pourrait être surpris et surprises de cette direction alors que notre société a pourtant été bâtie sur l’héritage du christianisme. Néanmoins, je crois qu’il y aurait plutôt raison de nous questionner par rapport à notre collectivité chrétienne. Si on en est venu à un tel tournant, c’est qu’il y a anguille sous la roche quant à l’engagement chrétien dans les affaires de la citée! Sans rentrer dans un débat quant à savoir si l’Église s’est assez investie ou non dans l’espace public, je crois que la 1e Épître de Pierre peut nous inspirer, et ce, surtout en ce qui a trait à la notion d’héritage.

Voilà, mine de rien, une notion plus compliquée qu’elle en a l’air, mais qui vaudrait la peine de creuser pour répondre à notre actualité et notre devenir comme disciples et co-responsables du monde avec Dieu.

« Dans sa grande miséricorde, dit Pierre, [Dieu] nous a fait renaître pour une espérance vivante, et ce, par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne se peut corrompre, ni souiller, ni flétrir. »

Déjà, ça veut dire quoi au juste, recevoir un héritage de la part de Dieu? Quand je lis ce terme écrit de la plume de Pierre, je m’imagine tout de suite l’idée d’un Ciel à gagner dans lequel tous les êtres humains jugés dignes vivraient éternellement. Veut, veut pas, on pourrait être tenté de penser ainsi quand Pierre ajoute : « Cet héritage vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi pour le salut ». On voit bien le lien entre l’héritage et le salut, ce que l’on reçoit par la foi placée en Jésus le Christ. Or, ce lien-là pourrait faire émerger en nous quelques questions pas piquées des hannetons. Est-ce que l’héritage de Dieu, c’est-à-dire le salut, se trouve à être reçu exclusivement dans un avenir plus ou moins lointain? Si oui, alors, à quoi bon s’engager dans le monde?

Pour ma part, je ne crois pas que ce soit une réponse avec laquelle je me mettrais d’accord, et ce, pour deux raisons.

La première, plus théologique, concerne la notion même de salut et, plus spécifiquement, de celui de l’âme dont parle Pierre. Pour être honnête, un peu brutalement honnête, même, il importe tout d’abord de ne pas mélanger les pinceaux de notre culture contemporaine avec ceux de Pierre qui, lui, provient d’un autre temps et d’une autre époque.

Bien qu’il existe une certaine diversité d’opinions à ce sujet dans les Écritures, ce qu’on appelle le salut de l’âme consisterait en fait en l’individu qui, dans l’entièreté de son être, entre dans un état éternel de joie, de paix et d’unité avec son Créateur. Je me réfère entre autres ici au livre de l’Apocalypse où il est mentionné que les disciples, lors de la fin des temps, seront rassemblés. C’est à ce moment-là que le nom du Seigneur sera gravé sur leur front puisqu’ils vivront désormais éternellement en Dieu[2]. Il semble donc que l’héritage, c’est-à-dire le salut, soit parfois associé à des concepts comme celui du repos, de la paix, mais aussi de l’unité en Dieu. Le salut est, en fait, un état dans lequel l’individu ou le groupe d’individus se repose dans le Seigneur.

Notre héritage, pour y revenir, ne semble pas être l’immortalité, mais un état autre et dans lequel nous vivons dans une unité complète avec notre Seigneur et Sauveur.

Dans un deuxième temps, il m’apparait possible que cet héritage ne soit pas strictement à venir, mais qu’il serait en fait actuel. Là-dessus, je me base sur l’Épître de Pierre où ce dernier emploie ce concept « d’espérance vivante ». Une espérance qui est vivante… Une espérance que les héritiers et héritières à qui Pierre s’adresse vivent au quotidien. Voilà qui est révélateur!

Cette juxtaposition de deux mots a pour conséquence de faire sortir le salut – et par extension l’héritage –  du domaine de la passivité et de l’avenir pour le rapprocher dans les temps présents, l’ici maintenant. Vous l’avez peut-être pressenti, mais l’état de repos en Dieu et d’unité dans le Seigneur auquel nous sommes appelés n’est pas seulement reçu dans la vie au-delà de la mort.

Voilà un paradoxe temporel auquel la foi chrétienne est une habituée! Cet héritage qui nous est promis est ce don merveilleux de paix et d’unité à Dieu qui nous attend auprès de lui, mais dont il nous est aussi possible de goûter alors même que nous sommes encore parmi les vivants.

Cependant, mon interprétation de l’héritage de Dieu dans l’épître de Pierre peut nous inspirer quelques questions pratico-pratiques : « Comment nous engager comme héritiers et héritières dans ce monde? Comment, en ce moment même, incarnons-nous et manifestons le don de Dieu? »

Le Québec, avec raison, est considéré comme une terre d’évangélisation particulièrement difficile à défricher du fait de certaines résistances. Néanmoins, rien n’est impossible à Dieu qui passe toujours par ses disciples appelés à cultiver la paix et l’harmonie là où ils se trouvent et investissent leur vie actuelle.

Les disciples que nous sommes marchent à la suite de Marie de Magdala, du disciple aimé, mais aussi de Pierre qui ont tous, eux aussi, hérités du Seigneur. L’épître de Pierre, malgré son apparente banalité, brille encore de pertinence 2000 ans plus tard puisqu’elle consiste en une exhortation à incarner avec courage le don actuel de Dieu.

Frères et sœurs dans la foi, vous êtes ces trésors du Seigneur, ses héritiers et héritières. Dès lors, considérez ce qui vous est donné de surcroit et ce qui vous sera accordé lorsque le temps de l’ultime transition sera venu.

Dieu est fidèle en ses promesses. Il les accomplit aujourd’hui même en vous et parmi vous qui êtes animés d’une espérance vivante!

Gloire soit rendue au Seigneur qui, sans cesse, nous couvre de ses largesses pour le bien du monde et des vivants!

Amen


[1]    https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2243541/projet-loi-laicite-prieres-rue

[2]    Apocalypse 22, 4


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