Témoigner avec simplicité
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Actes 17, 16-34
Vous savez, même comme disciples que le Seigneur soutient, nous avons tous et toutes des peurs qui nous sont propres. Des peurs qui trouvent souvent leur origine dans notre passé et qui évoluèrent au cours de notre histoire personnelle.
Pour ma part, vous risquez d’être un peu surpris de ce que je vais vous dire, mais… Je suis quelqu’un qui, pendant de nombreuses années, a évité de prendre la parole. Que ce soit à l’école, en famille ou avec des amis, m’exprimer à propos de qui je suis et en quoi je crois a longtemps été un exercice pénible. Juste pour vous donner un exemple… Quand j’avais 20 ans, j’étais stagiaire comme éducateur spécialisé dans un CHSLD. Imaginez-vous maintenant que j’évitais le plus possible les situations où je devais me présenter et converser avec un résident. Autant vous dire que j’ai réussi mon stage par la peau des fesses!
Ce n’est pas que je manquais d’intérêt pour autrui. Au contraire, j’avais et j’ai toujours à coeur de soutenir mon prochain. Toutefois, à cette époque-là, la crainte d’une mauvaise expérience était plus forte que tout. J’anticipais sans cesse les expériences négatives au point d’éviter les situations qui me semblaient à risque. Non seulement j’avais du mal à m’exprimer – ce qui est mon cas encore aujourd’hui –, mais j’étais aussi terrorisé à l’idée d’être mal reçu et mal compris. Sachant cela… pouvez-vous vous imaginez maintenant ce que c’était que de parler de ma foi? Non, je n’aurais pas fait un bon Paul de moi à l’époque!
Au cours de l’année pastorale à Sainte-Claire, les nombreux échanges que j’ai eus avec vous m’ont démontré que la prise de parole pour manifester sa foi était parfois un défi. Certains et certaines restent un peu derrière le rideau, un peu craintifs, et ce, pour des raisons qu’il ne faut pas sous-estimer. Nous avons tous et toutes une histoire de vie; rester à distance, en silence, est un choix que je comprends et qu’il importe de respecter. C’est d’ailleurs en partie pourquoi YouTube et la rediffusion de nos activités spirituelles qui incluent le culte dominical sont aussi importants. À Sainte-Claire, il y a de la place pour tout-le-monde, et ce, peu importe notre présent, notre condition et les craintes que nous portons comme individus. Voilà, entre vous et moi, une bonne posture théologique liée à l’accueil inconditionnel et dont nous pouvons être très fiers! Quand bien même nous avons tous et toutes notre histoire et nos défis, nous formons ensemble le corps du Christ, et ce, tels que nous sommes.
Cela dit… Je dois confesser par expérience que la crainte et l’anticipation des situations négatives sont souvent handicapantes. Anticiper le danger est une chose naturelle, mais qui peut devenir problématique quand elle nous restreint dans notre développement personnel et spirituel, comme disciples, comme citoyens et comme individus. Je vous raconte cela puisque le texte que nous avons lu me porte à réfléchir à ma propre histoire. À vrais dire, je suis émerveillé de voir comment certains détails du récit fait écho avec le mien. Un récit de craintes, mais qui a fini par donner sur une parole libérée.
Comme vous avez peut-être pu le ressentir, le passage de Paul à Athènes n’a pas débuté sur le bon pied. Non seulement Paul est pris pour attendre Sylvain et Timothée dans une ville où il est considéré comme un étranger, mais il est aussi profondément indigné par les mœurs locales quant à la religion. Je me retrouve là-dedans. J’haïs ça attendre et je n’aime pas ça me retrouver dans des milieux que je ne connais pas. Toutefois, la vie de disciple nous mène parfois à sortir de nos zones de confort et à nous rendre au-delà de nos craintes habituelles.
À ce propos, ce qui peut étonner tout d’abord dans notre récit consiste peut-être en ce mouvement intérieur qui caractérise Paul. Bien qu’il soit indigné de l’idolâtrie qui l’entoure, voici qu’on le retrouve à discuter avec ceux et celles qui reconnaissent l’autorité de Dieu, se rendant par exemple à la synagogue pour parler du Dieu vivant. On pourrait dire que Paul ne sort pas trop de ses zones de confort sur le coup, mais c’est quand pas pire comparé à moi qui ne sortait pas du tout des miennes!
Toutefois, un verset plus loin, voici que Paul est invité par des philosophes grecs qui, étonnamment, s’intéressent à son discours. Lui qui était dégoûté par les mœurs des Athéniens accepte l’invitation à se rendre à l’Aréopage, sorte d’amphithéâtre où on discutait à l’époque de ce qu’on pourrait appeler la « vie des idées ». Voilà un drôle de choix pour quelqu’un qui était autant indigné! Devant un public qualifié d’idolâtre au début du récit, Paul se laissera-t-il emporter par ses impressions négatives? Va-t-il jeter au visage des Athéniens ses reproches liés à son indignation?
Chose étonnante, plutôt que de refuser l’invitation ou encore dénoncer l’idolâtrie de son public, voici que Paul parle de sa foi et de celle des Athéniens. Il annonce quelque chose de nouveau quand bien même les gens apprécient leurs idoles. Même dans l’idolâtrie des Athéniens, il y a de la place pour Dieu, preuve en sont les résultats. Cet autel au dieu inconnu dont parle Paul n’est pas mentionné au début du texte et consiste, je crois, en une sorte de retournement de situation inattendu pour le lecteur. Dans sa prédication, Paul n’a pas choisi le silence, mais il ne s’est pas positionné contre le monde non plus. Il a plutôt choisi de s’intégrer à son auditoire quand bien même l’expression de la foi chrétienne n’était pas évidente.
Prêcher, c’est-à-dire témoigner de l’oeuvre du Seigneur dans nos vies permet de révéler à autrui l’amour que Dieu porte aux êtres humains qui sont tous et toutes traversés de fragilités, de craintes et de moments d’errance. Dieu aime d’un amour qui va au-delà de nos différents et de nos divergences. Voilà ce qui rend, à mon avis, la prise de parole de Paul si géniale : non seulement elle transcende les anticipations de son auteur qui fait désormais preuve de fraternité, mais, au même instant et dans un esprit similaire, elle rend compte de l’amour inconditionnel de Dieu. Là se trouve à mon avis le secret de toutes prédications, ces témoignages de la foi que nous portons tous et toutes.
Vous savez, prêcher est un bien grand mot qu’il convient de relativiser. J’ai parfois l’impression – à vous de me le confirmer – que la prédication est considérée comme un savoir-faire compliqué et réservée à une élite. Certes, prêcher demande de développer la twist comme on dit, mais ce n’est pas pour autant inaccessible au commun des mortels. Dans la tradition chrétienne, le don de la Parole est donné à tous les disciples sans condition. Si je pouvais rencontrer Jean-Philippe dans sa jeunesse, je lui dirais de ne pas craindre ce don et de ne pas se restreindre par impression d’incapacité ou bien par peur de représailles.
En Jésus Christ et par le don de l’Esprit qui nous travaille de l’intérieur, il est possible d’affirmer que la prédication a été démocratisée et qu’elle n’est pas aussi compliquée qu’on ne le croit. À ce propos, saviez-vous que le terme de « prédication » signifie simplement le fait « d’annoncer »? C’est un aspect important de la prise de parole comme disciple que je vous mentionne ici puisque parler de notre foi n’est pas un acte qui est réservé à une personne d’autorité nommée par une administration. Paul, lui, était non seulement un étranger à Athènes, mais il n’était même pas non plus un apôtre nommé par Jésus. Seulement, Paul parlait avec autorité, car il parlait de sa foi comme disciple du Seigneur. Vous voyez, témoigner de sa foi est un acte qui se réalise en vertu de l’autorité même de Dieu. En d’autres termes, dans la tradition chrétienne, la prédication consiste avant tout en ce témoignage du coeur qui connaît son Seigneur.
Comme témoins, nous sommes tous légitimes à être prédicateurs et prédicatrices tous les jours de notre vie. Notre témoignage, quand il est ancré dans la foi, est valide en tout temps. Ma légitimité quant à prendre la parole, j’ai dû l’intégré au fil du temps. J’avais peur de m’exprimer à propos de qui j’étais, de dire ce que je portais comme foi parce que je ne sentais pas légitime à le faire. Vous voyez bien que j’ai parcouru un long chemin…
Tout juste avant de débuter ma maîtrise en théologie, je me suis joint à l’association catholique de l’Université Laval. Un des groupes dans lequel je m’impliquais était le service alimentaire offert aux étudiants. Sachant que je n’étais pas à l’aise d’engager des conversations et surtout de parler de ma foi, on m’a proposé pour être le « portier » de la communauté. Un peu comme le frère André à Montréal, la toute première tâche à laquelle on m’a affecté a été d’ouvrir la porte aux étudiants qui recevaient notre service. Ça l’air banal, mais si vous saviez comment cela a été déterminant pour moi qui anticipait toujours des relations désagréables, qui pensait que l’expression de qui j’étais et en quoi je croyais était une chose compliquée… Rapidement, j’ai compris que l’échange d’un sourire ou d’une parole d’accueil valait son pesant d’or comme disciple du Seigneur. De fil en aiguille, je suis sorti de la crainte et j’ai pris peu à peu la parole, ce qui m’a mené à être avec vous aujourd’hui.
J’ai réalisé que les premières impressions négatives qui nous marquent ne sont pas toujours celles qu’on doit retenir et que l’annonce de notre foi – la prédication – n’est parfois que composée de quelques mots ou d’un geste bienveillant qui témoigne de l’amour de Dieu. Entre vous et moi, bien que le passage que nous avons lu soit assez long, la prédication elle-même de Paul est fichtrement courte! Je vois mal un pasteur arriver avec ça dans une communauté qui s’attend à une prédication de 30-40 minutes! Ce n’est pas que Paul n’avait rien à dire. Au contraire, il a simplement dit l’essentiel en évoquant l’amour et la présence de Dieu malgré les faux pas des Athéniens.
Peut-être que vous ne vous en rendez pas compte, mais, sans cesse, par vos paroles et vos gestes, vous témoignez aussi de votre foi à autrui qui écoute et se laisse transformer par la Parole. Lorsque quelqu’un d’entre vous à évoqué dimanche passé le poisson comme nourriture spirituelle, cette personne-là a bel et bien prêché la parole. Quand une personne à un jour mentionné sa confiance dans le Seigneur malgré le fait que ses enfants discréditent sa foi, elle a bel et bien prêché la parole au milieu des passants. Vous voyez, chacun et chacune de nous fait la différence tous les dimanches, voir même tous les jours de sa vie. C’est un fait, je vous l’assure, quand je témoigne des fruits que nous portons à Sainte-Claire. Pêcher la Parole, en soi, ne demande pas nécessairement une grande préparation ou une grande connaissance. Il suffit de nous laisser porter par notre coeur qui témoigne de sa foi et de reconnaître que la Parole du Seigneur ne reste jamais sans effet.
Frères et sœurs, témoigner du Seigneur peut être un exercice difficile. Toutefois, les craintes que nous pouvons porter ne doivent pas nous restreindre pour autant. Il suffit de faire confiance à l’Esprit qui agit dans nos coeurs et de ne pas nous laisser tromper par des anticipations trompeuses ou bien la croyance laissant supposer que la prédication est une performance.
Soyons dans la confiance; reposons-nous dans la bénédiction du Seigneur dont la simple mention de la Parole suffit à semer à tout vent. Vous en êtes la preuve, vous qui n’étiez à la base que des semences de la Parole et qui grandirent dans la foi, finissant par devenir de merveilleux plants. Dieu nous garde, nous, ses servants et ses servantes qui sont les fruits de la prédication. Il a libéré notre parole pour que nous témoignions de lui!
Gloire lui soit rendue à tout jamais!
Amen