Transcender les frontières

image : Stocknap de Pixabay

Actes 2, 1-21

Vous savez, certaines perspectives ont la couenne bien dure!

Encore aujourd’hui dans l’Église, j’entends des gens qui, sans être mal intentionnés, qualifient Sainte-Claire de « ministère virtuel ».

Pour être honnête avec vous, au début, ce qualificatif-là me laissait plutôt indifférent… jusqu’à ce que je ressente un peu d’irritation à force de l’entendre. Ce qualificatif, voyez-vous, peut renvoyer à l’artifice, au monde autre qui diffère de la réalité. C’est un terme plutôt négatif et que, moi-même, je n’emploie jamais pour désigner Sainte-Claire. Toutefois, outre mon irritation, ce qualificatif de « virtuel » aurait peut-être le mérite de révéler le fait que notre ministère est plutôt inhabituel.

Les gens sont, pour citer le récit de la Pentecôte, émerveillés, en désarrois et déconcertés des fruits portés par la communauté. Une église 100% en ligne et qui a pour sanctuaire une « salle de réunion » sur Zoom… Qui l’aurait cru? Pour plusieurs, cette idée-là d’une communauté de foi dématérialisée viendrait d’un penchant pour la bouteille, une originalité de personnes peut-être un peu trop originales.

Pourtant, malgré les quelques sceptiques qui qualifient encore Sainte-Claire d’église virtuelle, plusieurs constatent que notre communauté est bel et bien un espace habité où l’Esprit opère des merveilles. Pas besoin de la tête à Papineau pour saisir le fait que Sainte-Claire rassemble des gens qui ne se seraient probablement jamais connus ou même reconnus, dans certains cas, dans un autre modèle de communauté de foi.

Et oui, il y a six ans, le vent de l’Esprit a opéré un miracle, bousculant de plein fouet les perspectives habituelles!

Il faut dire que, en son sixième anniversaire, Sainte-Claire a défié tous les pronostiques… tout comme l’Église elle-même dont les premiers temps, d’ailleurs, n’ont pas été évidents. Jésus ayant quitté ses disciples, ceux-ci étaient seuls à diriger la petite barque de l’Église. Ils n’étaient que des Israélites n’ayant jamais quitté jusque-là la Terre sainte et qui, malgré leur manque de moyens, furent appelés par leur maître à faire des disciples partout dans le monde. Et oui, il aura fallu bien des miracles pour que l’Église se développe et persiste dans le temps compte tenu des conditions!

Un des nombreux miracles que les auteurs ont recensés dans leurs écrits consiste en celui de la Pentecôte, moment où les disciples reçurent l’Esprit saint promis par Jésus lors de son départ. Alors que les disciples étaient rassemblés dans une maison, voici qu’un grand vent entra et que des langues de feu se posèrent sur eux. Ils se mirent donc à parler des langues étrangères. Ainsi, les juifs provenant de pays éloignés et parlant d’autres langues que celles qui étaient usuelles Jérusalem se mirent à comprendre ce que les disciples disaient à propos des œuvres merveilleuses que le Seigneur accomplit récemment.

Alors là… Je ne sais pas pour vous, mais le récit du miracle de la Pentecôte m’a souvent laissé indifférent. Ce n’est pas que je le trouve insignifiant dans l’histoire de l’Église, mais parce que certains aspects ne me semblent pas très excitants à notre époque. Parler des langues étrangères, ce n’est pas si sorcier considérant que c’est devenu, entre autres, une matière obligatoire à l’école. Pour obtenir certains baccalauréats, il faut non seulement maîtriser le français et l’anglais, mais aussi avoir une base dans deux autres langues. Si on prend l’exemple de Sainte-Claire, la plupart d’entre vous ont une base dans une ou plusieurs autres langues que celles que vous parlez couramment. C’est pour dire que, des disciples qui parlent d’autres langues, pas besoin de l’Esprit pour ça en 2026!

Cela dit, j’ai pour mon dire que, lorsqu’un récit a l’air un peu périmé, il peut être parfois intéressant d’en faire une lecture en profondeur et non pas en superficie pour « lire entre les lignes ». Quand on se met en recherche du fond, du discours théologique, on peut avoir quelques surprises et s’apercevoir, finalement, qu’il y a un message qui nous est encore adressé aujourd’hui.

Il y a, en effet, un passage qui m’a fait réfléchir tout au long de la semaine et que j’aimerais qu’on entende une deuxième fois : la prophétie de Joël.

« Alors, dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair, vos fils et vos filles seront prophètes, vos jeunes gens auront des visions, vos vieillards auront des songes ; oui, sur mes serviteurs et sur mes servantes en ces jours-là je répandrai de mon Esprit et ils seront prophètes. »

Peut-être l’avez remarqué ce soir comme certains et certaines l’ont fait à notre activité de la Parole sur le pouce : la prophétie de Joël, à première vue, à pas rapport pantoute avec le don des langues. Pourtant, étant passionné de textes bibliques compliqués et franchement bizarres, j’ai pour mon dire qu’il faut parfois secouer le cocotier en mettant de côté les interprétations peut-être un peu trop traditionnelles. Le miracle de la Pentecôte consiste-t-il vraiment en le don des langues?

Vous commencez sûrement à me connaître assez pour voir venir la twist!

Quand on s’y arrête un peu, il semble tout d’abord y avoir au moins deux parties distinctes dans le récit de la Pentecôte. Le premier pourrait consister en les disciples qui parlent des langues étrangères et l’autre serait celle où Pierre interprète la Pentecôte à la lumière de la prophétie de Joël.

En premier lieu, un évènement inattendu concernant le témoignage des disciples énoncé et reçu et, en deuxième lieu, l’annonce des dons de l’Esprit pour mieux communiquer l’œuvre du Seigneur.

Tout ça me fait réfléchir… Et si le sujet principal de l’événement miraculeux de la Pentecôte consistait, en fait, en autre chose que l’accès aux langues étrangères? Et si, par le bien des visions, des prophéties et des songes pour tous et toutes se révélaient en fait un autre miracle bien plus subtil et important? Et si… Et si, en fait, le miracle de la Pentecôte consistait, par la puissance de l’Esprit, en une révolution en termes de communication?

Tout d’un coup, par la puissance de l’Esprit, l’énonciation du témoignage des disciples et la réception de celui-ci prennent plusieurs formes. De simples Galiléens reçoivent un don, un outil indispensable leur permettant d’entrer en communication, en dialogue avec celles et ceux qui sont, dans une certaine mesure, différents. Dès lors, par l’œuvre de l’Esprit et le témoignage des disciples, la Parole de Dieu transcende les frontières communicationnelles qui étaient jusque-là infranchissables pour mieux former la communauté de l’Église.

Cela dit, nous aussi, nous avons vécu récemment des miracles au niveau de la communication et qui ont changé notre manière de vivre en communauté. Pour s’en rendre compte, on n’aura qu’à nous intéresser à l’avènement des réseaux sociaux. Pour ma part, je me souviens autant de l’ascension de Facebook quand je commençais le cégep que de celui de Zoom bien plus tard. Saviez-vous que Zoom, avant la pandémie, était quasiment méconnu? Il aura fallu un évènement historique pour propulser cet outil qui a révolutionné nos communications, permettant par ailleurs l’existence de ce sanctuaire dématérialisé qui rassemble des disciples des quatre coins du monde.

Ça, mes amis, ça tient clairement du miracle! C’est un miracle de l’Esprit qui nous permit de nous rencontrer et de nous développer comme communauté de disciples.

À vrais dires, il me semble qu’une manière de nous approprier le récit de la Pentecôte en 2026 pourrait consister à concevoir le don des langues comme une innovation de l’Esprit en termes de communication. Celui-ci surgit là où nous sommes, selon les besoins et les signes des temps qui façonnent l’Église. En ce sens, Sainte-Claire est bel et bien l’héritière de la Pentecôte puisque notre ministère cultive les dons de la communication. Quand on y pense, c’est la force, entre autres, de notre liturgie qui, d’une manière hybride et innovatrice, incite à la contemplation, mais aussi à prendre la parole lors des moments interactifs. Nous témoignons de la grâce de Dieu qui opère pour nous, discutons et proclamons ensemble la Parole et créons des liens de fraternité les uns avec les autres, peu importe où nous nous trouvons sur cette toute petite planète bleue.

En cette sixième année de ministère qui débute, on pourrait se questionner sur notre avenir. Quelles sont les prochaines étapes pour nous? Quels sont les outils et les dons que l’Esprit nous incite à développer afin de rejoindre celles et ceux qui seraient enclins à se reconnaître dans ce ministère?

Frères et sœurs dans la foi, c’est un fait que le miracle de la Pentecôte se poursuit. Dans ce sanctuaire dématérialisé, mais pourtant bel et bien réel, nous transcendons les frontières tout comme le firent les disciples à l’époque de Pierre. À quoi ressemblera Sainte-Claire dans l’avenir? Je ne sais pas, mais je sais néanmoins que l’Esprit va continuer à œuvrer en nous et parmi nous. Il suffit d’être à l’écoute de la grâce et de nous laisser interpeller par les signes des temps qui nous poussent à l’innovation. Gloire soit rendue à Dieu pour le don de l’Esprit, notre défenseur, notre consolateur et source de toute sagesse.

Amen


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