Pour aimer et servir la Terre
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Genèse 1, 26, 2, 4
Notre Dieu est un Dieu relationnel et nous, ses enfants faits à son image et à sa ressemblance, nous sommes des êtres de relations. Cette affirmation est reflétée dans deux symboles de la foi chrétienne telle qu’elle est exprimée dans l’Église Unie : notre confession de foi et notre écusson. On traduit souvent la phrase en Mohawk sur l’écusson par « tous unis » ou « toutes mes relations » C’est une phrase qui évoque les liens qui unissent toutes les créatures, une phrase qui fait écho à une ligne qui a été ajoutée à notre confession de foi en 1995 : « pour vivre avec respect dans la création ». Nous sommes appelés à constituer l’Église pour célébrer la présence de Dieu, pour vivre avec respect dans la création, pour aimer et servir les autres… ». En d’autres mots, nous croyons avoir été créés pour cultiver des relations respectueuses avec toute la création et, je dirais, particulièrement avec tout ce qui a le souffle de vie (Genèse 1,30). Si on a jugé bon de faire de cet énoncé théologique une confession de foi qu’on peut apprendre par cœur, peut-être est-ce parce que les humains oublient si souvent l’appel à vivre en créatures faites à l’image et à la ressemblance de Dieu – qui avant toutes choses est le Dieu des relations aimantes et vivifiantes.
On oublie souvent… mais on commence à en être conscients aussi. Combien d’entre vous ont ressenti un certain malaise pendant la lecture de notre extrait de la Genèse de ce soir ? « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. » (Genèse 1, 28). Au fil des siècles, ce verset – et bien d’autres – ont été utilisés pour justifier l’injustifiable. Il n’est pas surprenant que de tels versets nous dérangent, qu’on ait envie de les éviter. Mais fuir ce qui nous dérange, détourner le regard de que l’on préférerait ne pas voir, ne pas reconnaitre le pouvoir qu’on a entre les mains, c’est abdiquer – et ultimement abuser – de notre pouvoir. Quand quelque chose nous dérange, il ne faut pas se mettre la tête dans le sable. Il faut dealer avec… pour la gloire de Dieu et le salut du monde.
Donc, prenons un grand respire… et plongeons ! Commençons au commencement ! Que dire de ces impératifs : « remplissez la terre, dominez-la. » (Genèse 1, 28) Nul doute, l’être humain reçoit l’ordre de dominer la terre. Mais l’être humain qui est fait à l’image et à la ressemblance de Dieu doit dominer (régner, en fait) à la manière de Dieu. Et Dieu regarde tout ce qu’il a créé et constate : « Voilà ! C’est très bon ». Si Dieu dit que quelqu’un ou quelque chose est bon… qui sommes-nous pour le contredire ?
À nous, tous les humains créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, de regarder l’ensemble de la création – dans toute sa diversité – et de le voir comme Dieu le voit. « Voilà, c’est très bon ! » À partir de ce constat, il devient plus difficile, me semble-t-il, d’exploiter, d’exterminer, d’opprimer quoi que ce soit, qui que ce soit.
Revenons maintenant à cette fameuse phrase « Dominez la terre. » Il ne faut pas lire ce verset hors contexte. Plus précisément, il faut la lire à la lumière du deuxième récit de la création. Notre lecture de ce soir s’est terminée au milieu du 4e verset du 2e chapitre de la Genèse. Écoutez la suite : « 4Telle est la naissance du ciel et de la terre lors de leur création. Le jour où le SEIGNEUR Dieu fit la terre et le ciel, 5il n’y avait encore sur la terre aucun arbuste des champs, et aucune herbe des champs n’avait encore germé, car le SEIGNEUR Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’être humain pour cultiver le sol. » L’être humain a été créé pour cultiver le sol. Et là, il n’est pas question de l’agriculture industrialisée telle qu’on la connait aujourd’hui, au contraire ! Le verbe hébreu `abad signifie servir. La même racine nous donne les termes serviteur et même esclave ailleurs dans les Écritures. L’être humain a été créé pour servir la terre… non pas pour se servir de la terre pour satisfaire ses moindres caprices.
Tout à coup, on voit l’appel à dominer la terre sous un autre jour. Les êtres humains reçoivent l’ordre de dominer – de régner – à la manière de Dieu. Et la manière de Dieu, c’est la manière de Jésus… Jésus qui est venu non pas pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie pour que d’autres aient la vie en abondance (Jean 10, 10).
C’est vrai que l’être humain peut abuser du pouvoir qu’il a entre les mains, il peut s’en servir pour satisfaire ses moindres caprices. Je n’ai pas besoin de vous faire un dessin. Mais les êtres humains sont capables de bâtir des relations justes et vivifiantes. Là non plus, je n’ai pas besoin de vous faire des dessins. J’en suis persuadée. Les êtres humains sont capables faire des sacrifices pour le bien commun, capables de se passer de certains conforts, de certaines commodités, de certains privilèges pour servir la Terre et les vivants. Dieu nous dote d’intelligence et nous donne son Esprit créateur. Nous avons tout ce qu’il nous faut pour vivre des relations justes et vivifiantes à l’image de notre Créateur. Notre créativité est un reflet de l’image de Dieu en nous, me semble-t-il. C’est l’image de Dieu qui est venu en Jésus. Jésus ne s’est jamais servi du pouvoir qu’il avait entre les mains pour se hisser au-dessus des autres (voir, par exemple Philippiens 2, 5-7). Jésus s’est servi de son pour relever les autres… pour les libérer de toute forme discrimination… de toute oppression. Jésus n’a pas utilisé son pouvoir pour abaisser les autres. Ses paroles et ses gestes ont toujours servi à inclure les exclus, à faire entendre la voix des sans voix, à toucher les intouchables. Jésus a utilisé le pouvoir qui lui avait été donné pour bâtir des relations justes, pour créer une communauté radicalement inclusive et aimante, respectueuse de la création tout entière.
Aimer et servir la Terre et tout ce qui y vit, c’est cela être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu qui est venu en Jésus. Voilà la volonté de Dieu pour tous les humains, me semble-t-il. Jésus nous a montré – par sa vie, sa mort, et sa résurrection – qu’il est tout à fait humainement possible de vivre selon la volonté de Dieu. Et par la grâce de Dieu, l’Esprit nous est donné afin que nous aussi, nous vivions comme le Christ a vécu. Nous sommes des disciples crées à l’image et à la ressemblance du Christ. Comme lui, nous sommes capables de Dieu. Allons dans le monde. Par la grâce de Dieu, utilisons le pouvoir qui nous a été donné pour transformer le monde selon le dessein éternel de Dieu.
Amen.