Discerner par la foi

image : Fernando Garcia de Unsplash

Romains 12, 1-6

Vous savez, j’essaie toujours de me garder un peu au courant de l’actualité.

Plus tôt cette semaine, Radio-Canada a dévoilé une partie du plan stratégique du gouvernement Canadien en matière de technologie et d‘intelligence artificielle[1]. Saviez-vous que seulement 12% des compagnies, institutions et autres groupes utilise cette nouvelle technologie plutôt controversée ? C’est très peu, semble-t-il…

Si peu, en fait, que le Canada s’estime être particulièrement en retard au niveau du développement et de l’adoption des technologies modernes. Selon le rapport, il serait urgent que la population canadienne se conforme au temps présent. Vous me connaissez peut-être assez pour savoir que je suis une personne très prudente…. Prudente dans mon adoption et mon refus de la nouveauté.

Je conçois que le Canada – et l’Église nationale par extension – soit en retard sur bien des choses et reconnais que la collectivité est assez lente quant à l’adoption de nouvelles technologies. Trop attendre, trop être sur la défensive peut faire en sorte qu’une culture ou un regroupement de disciples peut passer à côté de formidables occasions de se renouveler.

Mais… est-ce vraiment une raison de se conformer ?

Au cours de mon ministère dans l’Église Unie du Canada, je me suis aperçu que celles et ceux qui ont une opinion positive et se servent de l’IA ne sont qu’une minorité. Ceux-ci ne semblent être qu’une goutte d’eau un bassin qui démontre encore une résistance à l’encontre des nouvelles technologies.

Peut-être avez-vous déjà entendu des discours comme quoi…

« Le mieux est l’ennemi du bien »

« Moi là, la technologie… »

« Pas besoin de ça en Église! »

Vous savez, ces fortes réactions démontrent de manière plus ou moins subtile l’existence d’une sorte d’opposition entre technologie et communauté de foi, entre le monde et l’Église. Faut-il se conformer ou rejeter la nouveauté [2]? Est-ce que l’Esprit du monde peut côtoyer l’Esprit du Christ ? Ces questions-là, mine de rien, ne sont pas nouvelles dans l’Église et remontent même au temps des premières communautés de disciples. Ces dernières, bien évidemment, ne s’intéressaient pas à des enjeux technologiques en soi, mais à leur rapport un peu problématique avec le monde et la culture qui les entourait.

Désirant être des disciples conformes à la volonté du Seigneur, les saints qui nous ont précédés et dont nous faisons partie ont vu naître parmi eux toutes sortes d’opinions contrastées quant à ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Voici quelques exemples de postures et de polémiques et qui feront peut-être écho avec votre lecture du Second testament :

« Soit les disciples font partie du monde ou sont contre lui et donc du côté du Seigneur. »

« Soit ils mangent des viandes sacrifiées aux idoles ou s’en abstiennent. »

« Soit ils sont Grecs ou juifs. »

« Soit ils sont purs ou impurs. »

Vous savez, en l’absence de Jésus pour les guider, les premières communautés ont dû se poser bien des questions quant au savoir-être chrétien dans un monde qui ne portait pas nécessairement à cœurs les enseignements du Seigneur. On peut dire que les choses n’ont pas beaucoup changées, n’est-ce pas? Et oui, cette tension-là entre le monde et l’Église ne date pas d’aujourd’hui !

Comme vous le savez peut-être, c’est dans ce contexte-là de polémique que Paul a écrit ses nombreuses lettres. Celles qu’il a adressées à la communauté romaine s’insère dans un conflit qui opposait alors les disciples non-juifs et ceux qui étaient juifs. Il est arrivé que des disciples d’origine juive déconsidèrent celles et ceux qui provenaient de culture païenne et qui ne s’étaient pas converti au judaïsme avant de s’affilier à l’Église. Sans rentrer dans les détails, cette opposition-là entre tradition et nouveauté a été au cœur d’importantes polémiques qui ont demandé, entre autre, l’intervention de Paul. Ce dernier a reconnu l’importance de l’histoire juive et de sa place dans l’histoire du salut tout en mettant aussi de l’avant l’œuvre de Dieu qui fait dans la nouveauté.

Ainsi, Paul invite les disciples de différentes origines à ne pas se laisser prendre au piège d’un choix binaire entre la tradition OU la nouveauté, mais à s’en remettre à Dieu et aux signes des temps qui nous demandent de nous adapter. 

Il n’est pas anodin que Paul, pour en arriver à cette issue, invite les disciples à ne pas se conformer à l’Esprit du monde, mais à se laisser transformer par leur foi.  « Ne vous conformez pas au monde présent, dit Paul, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait ». Je ne sais pas pour vous, mais cette parole de Paul me fait beaucoup réfléchir. Du moins, elle m’incite à me questionner sur notre rapport au monde non pas dans un souci d’opposition, mais dans celui de la croissance.

Paul nous invite à ne pas nous conformer pour être conforme, mais à un discernement approfondi à propos de ce qui se trouve autour de nous et ce qui arrive dans le monde. Pour en arriver à ce discernement, il y a deux aspects de la foi chrétienne qui peuvent nous inspirer et que j’aimerais vous partager.

1. Pour effectuer un discernement, il importe d’étudier le ministère de Jésus. Au cours de son histoire, notre maître ne s’est ni conformé au monde ni conformé à la loi des puissants. Au contraire, il a été présent pour tous celles qui ont été sur son chemin, et ce, peu importe leurs origines ou leur situation.

Ce que je veux dire ici, c’est que notre maître n’a pas œuvré selon une perspective binaire comme le pur et l’impur, le juif ou le Grec, mais selon le désir de Dieu qui tend toujours vers le bien de toutes créatures. L’exemple de Jésus nous invite à outrepasser à la fois l’opposition et la conformité pour tenter d’exercer la volonté du Seigneur qui voit la Création selon l’amour qu’il porte pour elle.

2. Il ne faut pas oublier l’œuvre de l’Esprit et qui, comme disciples, nous couvre de dons. Un de ces dons – et je le répète souvent – consiste en celui de la sagesse, c’est-à-dire la capacité à discerner les choses et à voir au-delà des apparences. J’ai pour mon dire que la réalité est assez complexe pour nous inciter à ne pas nous laisser emprisonner par des opinions cristallisées ou réactives qui se trouvent, tout compte fait, à être à l’opposition de la sagesse de l’Esprit qui est faite de nuance et de prudence.

Le ministère du Christ ainsi que l’œuvre de l’Esprit nous invitent donc à nous laisser transformer par l’intelligence de la foi. Nous ne sommes pas appelés à nous conformer au monde, mais à discerner et prendre des décisions judicieuses qui nous amènent à vivre dans le monde, et ce, pour répondre à la volonté de Dieu. Toutes choses doivent s’exercer selon un discernement dans l’Esprit, à savoir l’exercice de la sagesse et de la foi qui nous guident dans nos actions et nos décisions.

Pour revenir à notre actualité, nous ne sommes pas appelés à adopter les nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle dans un souci de conformité, mais plutôt à s’en emparer pour exercer la volonté du Seigneur et œuvrer pour le bien de tous et toutes. Pour ma part, je sais très bien, par exemple, que les prédications offertes à l’Église Unie Sainte-Claire sont dévorées par les algorithmes qui nourrissent de manières souvent illégales l’intelligence artificielle. Pourtant, cette nourriture permet que se développe à l’intérieur même de l’IA les valeurs et la théologie que porte notre communauté. C’est un exemple parmi plusieurs autres, mais qui devrait nous inspirer quant à la possibilité d’utiliser et de cohabiter avec les technologies modernes, et ce, pour accomplir les désirs du Seigneur.

Frères et sœurs dans la foi, Dieu nous a accordé un esprit de sagesse, un don de discernement qui examine tout ce qui est avec l’intelligence de la foi. Par l’amour qui nous a été accordé par Dieu afin d’aimer à notre votre tour, soyons audacieux et audacieuses, prêts et prêtes à servir avec les moyens qui ont été mis à notre disposition.

Cherchons à accomplir la volonté de Dieu qui n’est d’autre chose que l’exercice du bien de la justice et de la transmission de sa Parole vivante.

Amen


[1]    https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2258493/strategie-nationale-intelligence-artificielle-carney

[2]    Si le sujet t’intéresse, je t’invite à aller visionner le 1er épisode de Théovrak qui porte sur le sujet!
https://youtu.be/0eN0ht6O-iE?si=DXzQFuRIXY–lGx0


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