Nous ne sommes qu’un en Christ
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Galates 3, 23-29
Frères et sœurs dans le Christ, il est écrit noir sur blanc dans la Bible :
« Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable ; ils seront punis de mort : leur sang retombera sur eux[1]. »
Voilà une citation du Lévitique, livre contenant l’ensemble de la Loi donnée par Dieu aux Israélites. Hier comme aujourd’hui, ce passage de la Loi mosaïque est encore citée dans certaines églises pour condamner des préférences et des couples de même genre, leur empêchant parfois l’accès aux sacrements, les soumettant à toutes sortes de microagressions si ce n’est pas dire aussi de gestes criminels passant du viol correctif à l’exécution.
Et oui, ça existe, ça!
Tout cela au nom de la Loi, dit-on, de Dieu.
« La Loi, c’est la loi, diront certains et certaines… C’est écrit dans la Bible !»
Vous savez probablement autant que moi qu’il se trouve un souci avec cette interprétation-là où la Loi fait la loi. Un souci que j’aimerais qu’on examine ensemble et qui est d’ordre à la fois historique, ecclésiologique et théologique.
Revenons un instant aux temps bibliques, à ceux des premières communautés chrétiennes où les minorités ne faisaient pas consensus non plus.
En ces temps-là, vous savez, les disciples de la Loi ne criaient pas au scandale woke, mais au scandale de la non-conformité aux codes du judaïsme. Scandant la fidélité à la Loi et à la tradition, ces disciples qu’on appelait les judaïsants[2] exigeaient entre autre la conversion des disciples d’origine païenne au judaïsme. Ceux et celles qui ont lu les différentes épîtres et les Actes des apôtres savent que cette posture a fait couler de l’encre et qu’elle a créé la bisbille dans l’Église. Comment n’en était-il pas ainsi alors que des femmes et des disciples d’origine grecque rejoignaient l’assemblée des croyants. Leur présence même déstabilisait les habitudes des juifs.
Face aux judaïsants, les tenants de la Loi qui imposaient des jougs aux minorités d’alors se dressèrent deux personnes que vous connaissez bien : Pierre, mais aussi – surprise – ce cher Paul! Oui, on parle bien de Paul qui a parfois fait des drôles de remarques vis-à-vis des femmes! Paul, que l’on nomme l’apôtre des gentils et donc des non-juifs, a lourdement combattu les judaïsants jusqu’à ce que, autour de l’an 49, le concile de Jérusalem tranche en sa faveur et celle de Pierre.
Voyez-vous, les premières communautés chrétiennes ont fait expérience de tout un revirement théologique et culturel. Les chrétiens juifs de l’époque, alors majoritaires, ont été témoins de l’Esprit se manifestant dans toute sa puissance à travers des non-juifs – des femmes, aussi, ce qui n’était pas banal je le rappelle!
En effet, le Seigneur lui-même, en Corneille, en Lydia et bien d’autres, décida d’outrepasser les codes culturels et religieux des Israélites pour n’agir que par la grâce. Dès lors, tous les baptisés, Juifs comme Grecs, font intégralement partie du corps du Christ, et ce, tels qu’ils sont. Cette dispute des temps anciens faisant peut-être encore écho aujourd’hui peut nous inspirer dans notre propre rapport à l’altérité et l’unité, mais aussi au temps qui passe et qui apporte le changement de nos perspectives.
Il est clair, par cet exemple historique, que l’Évangile nous invite comme disciples à quitter les discours populaires et sécurisants du « entre nous » pour entrer dans une perspective différente du monde. Une perspective ouverte où l’on perçoit et accompagne autrui selon les yeux aimant du Seigneur et non pas ceux de la Loi qui impose la conformité et incite au jugement. La Loi, les codes culturels et religieux nous aident à nous structurer et à dire qui nous sommes et en quoi nous croyons, certes, mais ne doivent jamais être des fins en soi.
On ne s’en rend pas toujours compte, mais, dans les Évangiles, Jésus lui-même n’a pas toujours été conforme aux attentes de son milieu culturel et religieux. Souvenez-vous de la controverse du shabbath. À ceux qui lui reprochaient de guérir les gens lors de ce jour réservé au repos[3], Jésus affirmera plus tard que le shabbath a été créé pour l’être humain et non pas le contraire[4]. La loi n’est pas au-dessus de l’humanité dans toute sa diversité ; elle a été pensée et créée pour servir le bien de tous et toutes. Voilà une posture qui peut nous parler, nous qui faisons partie d’un courant de foi libéral et progressiste!
S’il fait un temps que vous vous intéressez à l’Église Unie du Canada, vous vous êtes certainement aperçu que, doctrinalement parlant, il se trouve chez nous une part de souplesse tout-de-même surprenante… et qui nous attire souvent des reproches. Être souple dans sa théologie, sa philosophie, sa manière de concevoir l’Église et la vie, ce n’est pas être mou ou choisir le relativisme, mais bien reconnaître que l’Esprit fait son œuvre et que notre propre compréhension de Dieu se transforme.
En 1988, l’Église Unie du Canada s’est prononcé en faveur de l’accès des personnes LGBTQ2A+ au ministère ordonné. Cela ne s’est pas fait sur le coup d’une baguette magique. Il y eu bien des débats. Or, cette décision a été prise après une longue réflexion théologique prenant en compte le mouvement de l’Esprit saint ainsi que les signes des temps. Cela me porte à croire que ce ne sont pas la chair et les œuvres qui nous justifient, mais bien notre foi. C’est notre cœur que Dieu examine, c’est par sa grâce qu’il nous contemple. Il me semble, que c’est à cela que nous sommes appelés comme disciples, c’est-à-dire de nous revêtir du Christ qui agit, qui regarde, qui soigne et accueille avec des bras ouverts et un regard amoureux.
En Christ, non, il n’y a plus de particularités qui devraient nous surprendre au point de créer de la division par notre propre inconfort. En lui, il n’y a que des êtres humains qui servent le Seigneur qui les choisis par grâce seule et non pas selon leur conformité vis-à-vis de la Loi.
Frères et sœurs, en Christ, il n’y a ni homme ni femme, ni personne hétéro ou gaie ou lesbienne, mais que des êtres qui composent un corps et qui sont unis à leur Seigneur par les liens de la foi. Que cette assurance nous rend humbles et promptes à accueillir l’autre dans son unicité, sa diversité.
Gloire soit rendu à Dieu, créateur et gardien de la vie dans toute sa richesse, maintenant et à tout jamais.
Amen
[1] Lévitique 20, 13
[2] Galates 2, 13-14
[3] Luc 13, 13-15
[4] Marc 2, 27