Cultiver la gratuité

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Jean 21, 12-18

Je ne sais pas pour vous, mais… la gratuité, on semble s’en méfier plus souvent qu’on pense. Qui d’entre-nous, dans un magasin ou à l’épicerie n’a pas été témoin de clients refusant, tous embarrassés, un échantillon gratuit de nourriture ou de parfum ? On aurait dit qu’ils auraient flairé l’arnaque !

Pour ma part, quand je dis que j’utilise sur mon ordinateur un système d’exploitation complètement gratuit pour remplacer Windows ou Mac OS, on me regarde parfois tout étonné. « Gratuit? Comment est-ce possible? Il doit y avoir anguille sous la roche : ça doit être un virus ! »

La gratuité, et oui, on s’en méfie souvent. Malheureusement, cette méfiance peut aussi déteindre sur nos relations les uns avec les autres ainsi que celle avec Dieu. Voyez-vous, nous sommes tellement habitués de donner pour recevoir ou de recevoir afin qu’on donne en retour que nous avons peut-être oublié la beauté du don envers autrui.

D’une part, dans une culture comme la nôtre, le don est parfois devenu suspect. C’est comme si derrière le voile de la générosité se cachaient des intentions malveillantes. D’autre part, quand on donne à quelqu’un on peut créer chez lui un malaise. Qui d’entre nous, en effet, ne se dépêche pas à repayer la gratuité ? Qui n’a jamais été invité à un dîner sans sentir qu’il devait faire de même ?

Dans la vie, il n’y a rien de gratuit; il faut toujours repayer d’une manière ou d’une autre. C’est culturel, pourrions-nous dire. C’est vrai, mais l’Évangile nous met en garde contre nos propres angoisses qui finissent par détériorer notre lien à l’autre.

Se rendant dans une maison où les hôtes choisirent, semble-t-il, les gens les plus prestigieux de leur société, Jésus va crasher le party en faisant une sorte de prédication sur la gratuité. Jésus prend toujours des exemples de la vie quotidienne pour démontrer la grâce de Dieu envers le genre humain et à quel genre de ministère l’Église doit aspirer.

« Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, sinon eux aussi t’inviteront en retour, et cela te sera rendu. »

Honnêtement, c’est le genre de commandement qui ne me viendrait pas à l’esprit sur le coup. Je suis tellement habitué à donner pour recevoir en retour que je ne remarque pas nécessairement la futilité de mes propres invitations. En effet, à quoi bon offrir l’hospitalité si c’est pour recevoir en retour ? Ne sommes-nous pas appelés à nous revêtir de l’amour et la générosité du Christ pour autrui?

Voyez-vous, la vocation du peuple des baptisés n’est pas de soutenir une éthique de vie mondaine et bourgeoise, mais d’être au service des plus nécessiteux, de ceux et celles qui ne peuvent pas repayer ce qu’on leur offre. De fait, à la lumière de l’Évangile, il est essentiel comme disciples de cultiver la gratuité dans la mesure où elle prend racine dans le ministère de Jésus, mais aussi dans l’amour du Seigneur dont la grâce est accordée aux justes comme aux pécheurs.

Très chers amis, laissez-moi vous poser une question : faisons-nous partie des justes ou des pécheurs ? Bien entendu, personne ne peut se prétendre juste devant le Seigneur.

Je vous ai posé cette question parce qu’il y a en fait une twist surprenante dans le passage concernant la grâce de Dieu. Voyez-vous, aucun d’entre nous ne fait partie de ces invités prestigieux qui pourraient rendre la pareille à leur hôte. Vous le savez aussi bien que moi : par sa Parole faite chair, Dieu nous a invités à un banquet particulier, et ce, même si nous ne sommes ni justes ni en parfaite harmonie avec sa volonté.

Tous et toutes, nous devrions probablement être relégués aux pires places du banquet. Toutefois, c’est l’amour et la générosité de Dieu qui nous invitent à nous asseoir à la droite de notre hôte.

Frères et sœurs dans le Christ, la grâce du Seigneur vous est offerte chaque jour de votre vie. Que son amour inconditionnel vous incite à prendre soin des autres sans rien attendre en retour, tout comme Dieu vous donne la vie par sa générosité. Dieu nous garde dans son amour ; il nous rend conscients de notre condition et attentifs aux besoins des autres qui sont aussi les nôtres.

Louons le Seigneur qui offre un festin à son Église afin qu’elle puisse partager avec les autres les bienfaits de sa grâce.

Amen