Dans la maison de notre Père
image : Livia de Unsplash
Jean 13, 34-38, 14, 1-7
4 janvier 2026, premier culte de la nouvelle année. C’est un moment à célébrer, mais qui devrait aussi nous faire réfléchir sur notre avenir. Si on peut s’inquiéter en constatant les plus récents caprices des puissants qui imposent leur domination, on peut aussi faire le saut en constatant les statistiques et prévisions qui concernent l’avenir de l’Église en 2035.
Si vous avez eu l’occasion de lire le document intitulé « Direction 2035[1] » dans l’infolettre, vous êtes peut-être au courant de ces chiffres quelque peu apocalyptiques. Et oui, nous pourrions dire que 2026 débute avec l’annonce de prophéties de malheurs! Si les prévisions se maintiennent, semble-t-il qu’une paroisse, en 2035, ne générera en moyenne qu’à peine 9000 participations annuelles au culte dominical. Considérant qu’il y a un peu plus de 52 cultes par année, le calcul du nombre de participants chaque semaine peut donner la frousse! C’est sans compter que les donations diminueront, que le nombre de membres chutera de manière vertigineuse…
Oui, ces prophéties semblent correspondre à l’Apocalypse pour les uns et, pour les autres, à la fin de l’Église. Pourtant, à même les signes avant-coureurs d’un deuil à venir, il y a raison de revisiter notre histoire sainte et de faire la part des choses. Il importe de rappeler tout d’abord que l’Église, c’est-à-dire l’assemblée des fidèles, est en fait une habituée des deuils. Des morts, nous en avons éprouvé plusieurs au cours de notre histoire composée de conflits, de réformes urgentes et d’inquiétudes. Pourtant, à même ces désastres, il s’est toujours révélé une action salvifique en nous et parmi nous. Une force surnaturelle aidant l’assemblée des fidèles à s’adapter pour mieux persévérer dans sa mission.
Quel meilleur exemple de cela que l’arrestation à venir de Jésus. Sachant très bien de quel mort il allait souffrir, notre frère nous a accordé son testament à travers un commandement et une espérance nouvelle. Rien ne semblait promettre l’assemblée des croyants à un grand avenir. De manière générale, peu de mouvements survivent à la disparition de leurs fondateurs. Pourtant, l’histoire de l’Église est tout autre, étant rythmée par un cycle de morts et de résurrections. Une telle affirmation comme quoi la vie est plus forte que la mort débute, si l’on se fie aux paroles de Jésus, par son entrée dans la maison de son Père. Une maison, cela dit, contenant plusieurs demeures. Voilà une affirmation pour le moins étrange! Il semble que, pour permettre la vie et la résurrection, il importe tout d’abord de préparer les demeures d’un immense espace.
Quelques remarques s’imposent pour parvenir de comprendre ce qu’on entendrait par cette « maison du Père ». Je ne sais pas pour vous, mais un tel espace contenant plusieurs demeures évoque aussitôt chez moi un patelin, si ce n’est pas pour dire une ville. Et oui, la maison de notre Père me semble aussi dense et habitée qu’une ville. Or, s’il y a plusieurs demeures, plusieurs lieux d’habitations, c’est qu’il s’y trouve aussi, fondamentalement parlant, une dynamique à l’œuvre à même cet espace.
Une ville constitue, par définition, un agrégat de parties interdépendantes, quoique différentes les unes des autres. Elle est habitée de gens qui se retrouvent liés par ce qu’on pourrait appeler la vie en commun. Honnêtement, plus j’y pense, plus je trouve étrange sur le coup que Jésus parle d’une maison à plusieurs demeures pour concevoir l’espace de la vie éternelle après la mort! C’est bien étrange, oui, jusqu’à tant que notre esprit change un peu de direction et se penche plutôt sur la correspondance entre le concept de maison, de Royaume et d’Église comme espaces habités par le peuple de Dieu. On ne peut pas faire autrement du fait de l’impératif de Jésus nous demandant d’être à l’image de notre Père et de vivre en commun selon ses commandements. De même, il importe de mentionner comment Jésus tend à confondre dans son discours théologique les lieux tout comme les marqueurs de temps. Ainsi, nous parlons d’un Dieu qui est, qui était et qui vient, mais aussi d’un Royaume actuel et à venir, d’un Règne qui approche, mais qui, au même instant, s’avère présent.
Compte tenu de ce paradoxal rapport qu’entretient la voie chrétienne avec le temps et l’espace habités par Dieu, se pourrait-il que le départ de Jésus pour préparer les demeures corresponde aussi à la mort de l’assemblée des fidèles, et ce, en vue de préparer sa résurrection? Il me semble que c’est une piste intéressante. En cette nouvelle année qui débute par un désastre politique ainsi que ces statistiques déroutantes concernant l’avenir de l’Église, ce corps spirituel, cette ville que nous habitons semble à première vue tomber en ruine. Ces prévisions pour le moins décourageantes ne constituent pas pour autant un cul-de-sac, preuve en est le cycle de mort et de résurrection qui compose l’histoire sainte et le corps du Christ. Voyez-vous, lesdites prévisions omettent entre autres de mentionner la variété des ministères qui renouvellent toutes communautés de foi.
Vous l’avez peut-être pressenti, mais, à Sainte-Claire comme ailleurs, on ne peut plus juger de la vitalité d’une communauté à partir du culte seul et encore moins nous fier à des statistiques concernant le nombre de têtes présentes le dimanche. Faire Église, la définir et la constituer sous-entend aujourd’hui une véritable diversité de présences et d’engagements. Et cette même diversité de ministères se révèle à même Sainte-Claire, nous invitant par conséquent à ouvrir le champ de vision de notre espérance.
Et oui, moi aussi, j’ai des statistiques à présenter aux prophètes de mauvais augure! En ce qui concerne cette année pastorale qui commença en juin 2025, saviez-vous que notre communauté 100% en ligne a généré jusqu’à ce jour plus de 26 rencontres pastorales en… présentiel? Environ la moitié d’entre elles ont été réalisées avec des gens qui nous suivent sur YouTube et interagissent avec notre contenu hebdomadaire, preuve même que la vitalité d’un espace ne peut pas être définie qu’à partir d’une seule et unique demeure. Ayant accueilli le groupe de la Parole sur le pouce l’année passée et nous apprêtant à lancer le projet Théovrak la semaine prochaine, il ne fait aucun doute que l’espace de Sainte-Claire ne se limite pas seulement à celui du temple, mais qu’il consiste plutôt en une pluralité de demeures pour une pluralité de personnes. Nous sommes – tenez-vous bien! – une ville en développement!
Tout cela me porte à croire que nous sommes rendus à une étape de l’histoire sainte où l’Église traverse des changements ecclésiaux parfois déstabilisants. Pourtant, tel que Jésus nous y invite ce soir, ne laissons pas nos cœurs se troubler inutilement par les changements à venir.
Bien-aimés dans le Christ, voici l’œuvre de l’Esprit : tout au long de la nouvelle année, nous nous transformerons continuellement à l’image même d’une ville. Ce n’est pas à une fin que nous sommes promis, mais à un renouveau constant. L’Église se trouve à être en mue sous l’impulsion de l’Esprit guidant les générations qui vont et viennent, transformée par le langage et une diversité de sensibilités. Bien entendu, une telle transition peut nous inspirer de l’inquiétude pour l’avenir. Pourtant, les signes de l’Esprit faisant toutes choses nouvelles sont tout autour de nous. Non, que notre cœur ne se trouble pas inutilement. Croyez en le Fils comme vous croyez au Père qui l’a envoyé et qui vous a envoyé à sa suite pour que toutes choses concordent avec sa volonté.
Qu’il en soit ainsi selon notre foi tout au long de cette nouvelle année qui débute!
Amen
[1] https://egliseunie.ca/wp-content/uploads/2025-Toward-2035-Congreagational-Conversation_FR_final-version.pdf