Ensemble au milieu du chaos

image : AndPan614 de Pixabay

Philippiens 4, 1-9

Frères et sœurs dans le Christ, les élections au Québec sont enfin derrière nous. Bientôt, les pancartes électorales disparaitront, démontrant que ces temps de tensions sont derrière nous. Or… le sont-ils vraiment?

Pour certains et certaines, la tension persiste. Ce n’est pas un hasard si quelque uns d’entre vous m’ont récemment piqué des jasettes. Des jasettes, cela dit, plutôt épicées par rapport aux résultats des élections et de leurs conséquences à long terme.  Si la fin des élections devait mettre un terme aux tensions et ramener la paix dans le corps social, certains résultats, semble-t-il, les ont plutôt ravivés. 

Pour reprendre les termes d’une d’entre vous, c’est le bordel! Certains citoyens, épris du bien commun, se voient enclins à s’isoler face au chaos. J’ose croire que cette tentation nous guette tout-autant comme disciples du Seigneur. Vous et moi sommes désormais minoritaires, souvent placés, au gré des controverses, aux bancs des accusés par une société devenue tantôt ignorante, tantôt hostile au fait religieux. Accusés à tort, tout comme les fonctionnaires, d’être les obstacles à un Québec qui aspire à la richesse et au progrès, certains et certaines disciples peuvent se sentir bien isolés. Chaque jour, la paix, notre paix, est mise à rude épreuve. 

En ce dimanche de l’Action de grâce, ce sentiment de solitude qui est aussi le mien peut nous questionner. Dans le tumulte de nos vies, dans le chaos de ce monde, vers quoi nous tourner afin de cultiver la paix dont nous avons tant de besoin? Comme disciples du Seigneur, une telle question peut nous amener à interroger les Écritures. Ces dernières relatent nombre de défis auxquels furent confrontés nos ancêtres dans la foi. Défis qui, pour la plupart, se répètent sous une forme ou une autre dans l’histoire de l’humanité.

Après la mort et la résurrection du Seigneur, comme vous le savez, les premiers serviteurs et servantes se rendirent parmi les nations pour faire des disciples. Nations qu’ils et qu’elles connaissaient bien peu et dont les cultures, par ailleurs, connaissaient peu la leur. Les résultats de leur ministère nous sont connus : l’Esprit fit son œuvre et nombre de nouveaux adeptes trouvèrent paix et bonheur dans l’Évangile. Néanmoins, si la prédication de l’Évangile trouva son audience, des défis importants ne se firent pas attendre.

Voyez-vous, des divergences apparurent assez tôt dans l’histoire des premières communautés chrétiennes. Nombre de textes du Second testament évoque ce chaos, ce bordel à même l’Église. Ces divergences nécessitèrent des interventions non pas au nom de la conformité, mais au nom – tient donc! – de la paix, la cohésion de l’Église qui est un corps spirituel et communautaire formé d’individus. Des individus porteurs de diversité et qui luttaient, tous et toutes, dans un monde aussi bordélique que le nôtre. Un monde, cela dit, où la paix des minorités était souvent mise à rude épreuve par une majorité guidée par les puissants. Cultiver la paix et la cohésion entre les membres de l’Église fut un aspect important ministère de Paul de Tarse et sujet même de son épître. Celle-ci, comme vous le savez peut-être, a été adressée à une communauté de foi située dans Philippe, une ville au nord-est de la Grèce.

Un des sujets abordés par Paul dans sa lettre pastorale se trouve à être un certain conflit entre deux disciples portant respectivement les prénoms d’Évodie et de Syntyche. On ne sait absolument rien de la divergence qui les opposait et on ignore même quel rôle ces deux femmes exercèrent à l’Église de Philippe. Néanmoins, le simple fait qu’elles aient été nommées démontrent à quel point l’Église naissante avait de l’estime pour elles. L’intervention de Paul est d’autant plus surprenante du fait qu’il ne prend pas position. C’est bien étrange, oui, mais cette absence de position ou de détails pourrait nous inspirer aujourd’hui, nous qui sommes en recherche de paix.

Voyez-vous, ce que Paul désire d’Évodie, de Syntyche et du reste des Philippiens c’est qu’ils et qu’elles retournent à l’essentiel : servir le Seigneur en priant et en prenant soin des uns et des autres. Ainsi, en retournant aux fondements de la vie de disciple, la divergence qui séparait alors Évodie et Syntyche n’avait que peu d’importance. Paul ne demanda pas à l’une ou à l’autre de se conformer, mais de se concentrer toutes deux sur ce qui est bon, ce qui est édifiant. 

Cette invitation n’est pas, chez Paul, d’ordre doctrinal, mais s’enracine avant tout dans sa propre expérience de disciple. Voyez-vous, Paul souffrait devant ce monde déchiré. Il se sentait isolé au milieu du chaos et parfois même abandonné. Pourtant, comme quelqu’un le soulignait si bien à la Parole sur le pouce ce vendredi, notre extrait de l’Épître de Paul aux Philippiens resplendit de douceur et de posivité. Paul avait certainement beaucoup d’affection pour Évodie, Syntyche, Clément et bien d’autres. Il les aimait profondément malgré les divergences qui fragilisaient la communauté des Philippiens. Paul – tout comme Syntyche et Évodie j’ose croire – trouva la paix travers son engagement envers Dieu ainsi que le soin qu’il apportait à ses relations.

Il semble bien que la paix de Dieu, ultimement, se découvre et se vit dans l’amour que nous nous portons les uns, les unes et les autres. Nous en faisons, je l’espère, expérience lorsque nous nous réunissons, lorsque nous prions pour le bien commun, lorsque nous nous édifions chacun et chacune par notre témoignage. Voilà l’essentiel, ce qui fait de nous des disciples unis dans le Christ malgré nos divergences. L’Esprit du Seigneur nous invite donc ce soir à nous tourner vers ce qui est bon, à lutter pour ce qui est juste.

Pour ma part, je fais expérience de la paix de Dieu à tous les dimanches. Étant moi-même las de tous les puissants qui n’œuvrent que pour leurs gains personnels, je trouve néanmoins ma joie dans notre vie fraternelle.  Si vous saviez à quel point je rends grâce à Dieu pour vous qui grandissez sous mes yeux chaque jour!

Frères et sœurs dans le Christ, nous aurons beau vivre au milieu du chaos, il n’en reste pas moins que l’Esprit nous offre la paix du Seigneur. Il importe simplement de cultiver nos relations et de nous concentrer sur ce qui est bon, ce qui mérite d’être vécu, ce pour quoi il nous est possible de rendre grâce. 

Ainsi, dans un esprit de gratitude, la paix de Dieu gardera nos coeurs, nous tous et toutes qui sommes attachés à lui.

Amen


Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *