Il était mort et il est revenu à la vie

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Luc 15, 1-3, 11b-32

Vous savez, les paraboles de Jésus n’ont pas la réputation d’être faciles à saisir. Facile à entendre et à louer, très certainement, mais à comprendre ? J’en doute ! Après tout, les paraboles sont des analogies, des reflets à partir d’histoires familières qui nous parlent de coeur à coeur, et ce, à des fins pédagogiques. 

C’est pour dire que les paraboles de Jésus ont un peu le même effet, la même intention que nombre de productions cinématiques, ces révolutions du septième art.

C’est peut-être là, en fait, où les choses se corsent au niveau de l’interprétation. Bien que les sujets abordés dans les paraboles nous soient familiers, celles-ci comportent bien souvent un élément subversif qui nous accroche, qui nous agace, même, parfois. Ce qui va à l’encontre du « bon sens » peut nous faire réagir et même créer chez nous de la résistance. 

Vous savez… Il n’y a pas si longtemps, dans le monde du cinéma américain, les films et les shows de télévision étaient soumis à des réglementations parfois très strictes. C’était entre autres le cas du code Hays qui réglementait et encadrait les « paraboles » du septième art. Ce qui semblait aller à contresens de la morale devait être corrigé ou tout bonnement expurgé.

Saviez-vous, pour vous donner un exemple, que ce code stipulait noir sur blanc que tout personnage jugé moralement inacceptable devait être obligatoirement puni ou corrigé à la fin du film ou de l’épisode ? On pourrait dire que c’est encore logique aujourd’hui, que les méchants de l’histoire doivent être punis ! Ça ferait sens… jusqu’au moment où on réalise que, selon code Hays, cela incluait aussi toute femme émancipée ou toute personne qu’on pourrait identifier comme LGBT. Peu importe la narration et le personnage en question, tous les comportements ou les identités considérés comme déviants des normes devaient soit se réformer, soit être punis. 

Pas surprenant, dans ce cas, de constater que tout personnage LGBT dans un film ou une série de télévision à cette époque finissait par mourir ou être obligé de se marier avec quelqu’un du genre opposé. Le code Hays est peut-être aujourd’hui du passé, me direz-vous, mais il est resté dans l’imaginaire collectif et peut encore révéler notre manière de concevoir le monde… ainsi que notre résistance par rapport à certaines paraboles. 

Si j’évoque ce sujet des paraboles du septième art régit par la « police du bon sens », c’est avant tout pour exposer à quel point celles de Jésus sont subversives. À ses opposants qui le critique du fait qu’il fait bon accueil aux gens jugés moralement répréhensibles, Jésus de Nazareth présente une parabole qui expulse la logique punitive où les bons actes reçoivent récompenses et les mauvais engendrent le châtiment. 

La parabole du fils retrouvé est certainement une des plus connue et les plus évoquées dans ce domaine.

Dans les années passées à Sainte-Claire, certains et certaines d’entre nous prirent le parti du fils aîné.

Comment ça se fait que le cadet n’ait pas été puni pour sa vie de désordre ? C’est de sa faute après tout ! N’est-il pas inappoprié qu’il s’en sorte aussi facilement et qu’il donne un tel mauvais exemple à nos enfants ?  On récolte ce que l’on sème dans la vie ! Et le fils aîné, lui, pourquoi n’a-t-il pas reçu sa juste part de récompense ? C’est impensable, ça n’a pas de bon sens que l’acte répréhensible ne soit pas puni et la bonne action non récompensée !

Je mentionne ces réactions passées à Sainte-Claire vis-à-vis de la parabole du fils retrouvé, car elles ont été les miennes…

Voyez-vous, la parabole de Jésus, comparativement aux paraboles du septième art régi par le code Hays d’autrefois, renverse cette idée de la rétribution et nous remet en question dans les perceptions que nous avons de Dieu et d’autrui. Elle nous invite à sortir de la mentalité pharisienne d’actions-punitions ainsi que cette logique des bonnes oeuvres pour mieux entrer dans celle de la grâce.

De fait, si cette parabole s’intitule « le fils retrouvé » dans notre Bible, alors elle porte assez mal son nom, car, ultimement, le personnage central qui devrait nous intéresser n’est pas le fils « fautif », mais bien le père qui représente l’amour que nous recevons de Dieu et auquel nous devrions partager les uns avec les autres. Le père accueille son fils cadet sans jamais faire mention de ses choix qui lui vaudraient – ou pas selon chacun et chacune – l’opprobre. Cet accueil coïncide d’ailleurs avec un soin apporté aux relations familiales… et fraternelles. 

À ce propos, j’attire votre attention sur quelque chose de très subtil à la fin de la parabole. Se mettant en colère en entendant le retour de son frère, le fils aîné refuse d’entrer dans la maison de son père. Lorsque ce dernier sort et va à sa rencontre, l’aîné accuse son père de ne pas l’avoir récompensé pour ses bonnes actions et de faire bon accueil au cadet. « Ton fils que voici, lui qui a mangé ton avoir avec des filles, tu as tué le veau gras pour lui ! » Ton fils que voici… Comment ne pas être surpris d’un tel mépris qui engendre le bris d’une relation pour une histoire d’action-punition, action-récompense ? Mais alors, d’une manière complètement subversive, voici que son père lui répond qu’il a déjà tout ce qu’il possède, mais qu’il devrait plutôt célébrer le retour de son frère. « Ton frère que voici était mort et il est vivant, il était perdu et il est retrouvé. »

Le Seigneur ne nous juge pas selon un code et une réglementation humaine. Il ne suit pas la logique des oeuvres qui dirige encore notre monde aujourd’hui et qui stipule que nous sommes, en principe, récompensés et punit pour nos oeuvres. Au contraire, le Seigneur suit sa propre logique qui n’est nul autre que celle de la grâce qui nous unit non seulement à lui, mais qui fait aussi de nous des frères et des soeurs.

En ce temps de Carême, il importe de poursuivre notre chemin de réflexion par rapport à nos propres schémas. Des schémas pas toujours justes et qui, à l’occasion, jugent sévèrement autrui selon leurs fruits, leurs actes. Jésus nous invite à nous laisser transformer par un amour affranchi de toute logique de rétribution et de tout marchandage. Son amour sans condition, celui de Dieu, s’enracine plutôt dans les liens fraternels qui nous relient les uns aux autres.

Frères et soeurs dans le Christ, que le Seigneur nous ouvre l’esprit et les yeux du coeur afin de nous aimer les uns et les autres comme lui il nous aime. C’est par sa grâce et non pas par nos oeuvres que nous sommes accueillies chez lui, nous, qui sommes morts et revenus à la vie, nous qui étions perdus et maintenant retrouvés. Amen 


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