Incarner le changement

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1 Rois 18, 1-18

Pas facile, pas facile de prendre la parole dans le monde d’aujourd’hui où tout semble mal aller. Pourtant, ce ne sont pas les efforts qui manquent.

Tout dernièrement, les responsables du « Groupe des sept », c’est-à-dire le G7, se réunirent en Alberta sur fond de tension. Non seulement les États-Unis se déchirent encore, mais l’expansion subite de la guerre israélo-palestinienne est tombée comme un coup de masse. C’est sans conteste qu’il y avait des enjeux de taille à discuter. Malheureusement, plusieurs d’entre ceux et celles qui espérèrent en des positions claires sont restés sur leur faim. Bien peu de résolutions concrètes en ressortirent et c’est à se demander si cette timidité ne démontre pas les limites d’un tel exercice politique où on brasse beaucoup d’abstractions avec beaucoup… de révérence!

Néanmoins, il y a quelque chose qui peut nous réjouir de cet évènement-là. Vous n’êtes certainement pas sans savoir que, en marge du G7, il y a eu nombre de manifestations qui abordèrent divers enjeux pragmatiques. À Calgary, des centaines de personnes ont défilé pour faire entendre leur voix, et ce, que ce soit à propos de l’écologie, la vente d’armes canadiennes à l’état d’Israël, la question migratoire ou encore celle autochtone. Des voix se lèvent au coeur même des crises qui traversent notre planète et c’est une bien bonne chose. Personne ne dirait le contraire.

Toutefois, au risque de faire l’avocat du Diable pendant un instant, cette prise de parole peut-elle vraiment changer les systèmes en place, secouer les tours du pouvoir qui, dans le capitalisme, l’orgueil et le clivage, s’enracinent profondément dans notre Terre déjà meurtrie?

Le texte que nous avons commenté ce soir raconte, justement, un engagement qui confronte les structures du pouvoir. Alors que régnèrent d’une main de fer Achab et Jézabel faisant violence à quiconque leur offrant moindrement résistance, des consciences s’éveillèrent. Que faire contre ceux et celles qui ont le pouvoir et qui, par leurs ambitions, apportent sans cesse le malheur au peuple ? Est-ce qu’il vaut la peine de prendre la parole à nos risques et périls ? Voyez-vous, ces questions étaient légitimes hier comme elles le sont encore aujourd’hui.

En guise de réponses, nous sommes tous et toutes libres de nous engager, de choisir comment et pourquoi. Alors que le G7 s’intéressait aux enjeux internationaux parfois trop abstraits, les différentes manifestations ont révélé une conscience locale et pratique qui manque bien souvent aux sphères du pouvoir. Notre liberté, en fin de compte, nous porte à nous revêtir de plusieurs styles d’engagements.

D’une manière étonnante, les Écritures soulèvent cette diversité à travers Élie et Obadia. Tous deux s’engagent à leur manière propre et selon leur contexte respectif. Alors que Obadia évite une confrontation directe par prudence, Élie, bien fidèle à la personnalité qu’on lui connaît, va directement au bat. Pour lui, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.

Voyez-vous, chacun d’eux incarne le changement espéré, et ce, à leur propre manière. Cela nous renvoie bien entendu à nous-mêmes et à notre propre propre témoignage. Quel genre de témoins sommes-nous individuellement ou comme communauté de foi ? Préférons-nous garder profile bas ou aller de l’avant pour « brasser la cage » des puissants ? Ultimement, quelles sont les causes qui nous tiennent à coeur et qu’à fait surgir en nous le Seigneur ?

Pour ma part, je vous avoue avoir une personnalité semblable à Obadia qui m’amène à faire davantage profile bas et à jouer derrière la scène. Ayant pris conscience durant la dernière année de la nécessité de mon engagement pour diverses causes, j’en suis venu à vivre d’une manière à incarner moi aussi mes valeurs et mes espérances. Ma vie, par exemple, se veut être un témoignage à la simplicité, refusant de contribuer – le plus possible – aux forces capitalistes de ce monde par souci de nos ressources, par souci de la Vérité, par souci de la Création.

Est-ce que cela opérera un changement de cap quant aux crises que nous traversons ? Peut-être pas directement. Bien souvent, nous sommes impuissants face à elles. Même les coups de théâtre, les manifestations les plus spectaculaires offrent des résultats parfois limités et momentanés. Même Élie… Le saviez-vous ? Et oui, malgré toute la force de l’engagement d’Élie, ce n’est qu’au temps d’Élisée – son disciple – que Jézabel sera éjectée une bonne fois pour toutes.

Frères et sœurs dans le Christ, ne soyons ni désespérés ni timides dans nos revendications. Allons de l’avant pour ce que nous considérons juste et en adéquation avec les valeurs de l’Évangile. Quoique, individuellement, nous ne faisons pas le poids contre les Achab et les Jézabel de ce monde, nous pouvons incarner des alternatives, des voies qui pourraient être, par la grâce de Dieu, empruntées dans l’avenir.

Le temps se chargera du reste – les prochains disciples s’en assureront. Qu’il en soit ainsi selon notre foi.

Amen