Jamais du pareil au même
image : Ilie Barna de Unsplash
Jean 1, 35-42
Qu’elle drôle d’histoire que cet appel des disciples!
Un de vos frères qui vient au groupe de la Parole sur le pouce a souligné cette drôle de situation où les deux disciples de Jean le baptiste quittent leur maître pour aller vers Jésus. Tout cela arrive en seulement deux phrases. Brutal, hein, comme départ?
Pauvre Jean le baptiste qui donne l’impression d’être passé de date! Qui aimerait se faire traiter de même? Pourtant, toujours en est-il que, sans même le savoir, nous sommes habitués à ce genre de départs précipités, découvrant parfois ailleurs et de manière inattendue l’Eldorado. Nous sommes tous et toutes passé par-là, ayant effectué dans notre vie des tournants pour le moins surprenants.
Encore aujourd’hui, nous pouvons être témoins de ce mouvement à même la vie de nos frères et sœurs plus jeunes. Il y en a qui déplace de l’air plus que d’autres, et ce, au point de créer des frictions. Si vous avez eu l’occasion de visiter le site web de notre partenaire Mon Crédo, vous avez peut-être pu voir passer un article de Martine Lacroix à propos des fameuses tradwives[1]. Et oui, vous avez sûrement entendu parler de ce tournant qui inquiète et qui a même été le sujet de l’émission Tout-le-monde en parle[2].
Bien habitué aux polémiques, ladite émission a effectué une entrevue avec quelques demoiselles se réclamant de ce mouvement. De retour à une conception plutôt tranchée en ce qui a trait au genre féminin et à son rôle, ces jeunes femmes québécoises incarnent une perspective bien différente de celle dont nous sommes habitués dans nos communautés de foi. Souvent déçues de la vanité de notre société et du manque de sens dans leur vie, ces tradwives reviennent au four et au moulin, adoptant un style de vie à l’ancienne. Une femme bien rangée, soucieuse de sa pudeur et respectant l’autorité soi-disant accordée par Dieu aux hommes.
Voyez-vous, bien des gens s’inquiètent de cette expression de la foi qui semblent gagner des adaptes partout en Amérique. Toutefois, je crois que l’Esprit nous invite à nous questionner sur les besoins que ces jeunes femmes portent et qu’elles expriment par ce style de discipulat[3]. À quel besoin répond ce mouvement de retour à un mode de vie très cadré pour la gent féminine? Se pourrait-il que nous soyons devant un effet de conversion où les maîtres à penser habituels sont délaissés par les nouvelles disciples qui quittent tout avec hâte?
Vous savez, au cours d’une seule et même vie, les besoins des disciples changent en fonction des circonstances. Nous avons tous et toutes cheminé d’un point à un autre. À la manière des disciples de Jean ou des tradwives, nous avons aussi quitté des habitudes, des cadres culturels et théologiques pour en adopter d’autres.
Une conversion s’accomplit sur le long terme à travers des rencontres décisives, des choix drastiques qui nous amènent parfois à partager une maison, une communauté d’appartenance et voir même une tradition. Voyez-vous l’appel des disciples tout comme le témoignage des nouveaux convertis peut évoquer nos propres détours, ces changements radicaux qui ont pu être les nôtres. Dieu nous transforme par la rencontre avec l’autre et nous fait cheminer sur un chemin qui répond à nos besoins et reconfigure en quelque sorte notre identité. En ce sens, bien que je ne partage pas la théologie des tradwives, leur posture actuelle répond néanmoins à des besoins qui sont légitimes et qui, dans le temps, sont aussi appelés à se modifier.
Nous ne restons jamais du pareil au même, car la vie donnée par Dieu nous met constamment en mouvement. En toute honnêteté, les tradwives me rappellent aussi quelque part mon propre cheminement. Et oui, j’ai eu dans le passé une passe plus « traditionnelle » et dont je ne suis pas très fier, mais qui, au même moment, a été une étape nécessaire à mon développement. J’avais besoin d’appartenance, de me sentir inclus dans une communauté et d’en partager la théologie… pour le meilleur ou pour le pire.
Vous savez, cette mouvance des disciples n’est pas une nouveauté dans l’histoire sainte. Souvenez-vous de comment la majorité des patriarches et matriarches – tout comme Pierre et les disciples de Jean d’ailleurs – furent invités par le Seigneur à non seulement se laisser travailler de l’intérieur, mais aussi se mettre en mouvement. Non… on ne reste jamais du pareil au même, quittant sans cesse des paysages habituels pour en découvrir de nouveaux. L’Esprit nous travaille et fait toutes choses à sa manière et selon son temps.
Cela dit, bien aimés dans le Christ, vous qui avez choisi la voie du Seigneur en répondant à son appel, il est juste et bon de célébrer nos chemins, mais aussi le flot de l’Esprit qui nous emporte et nous transforme. Peut-être partageons-nous, en ce moment même, des chemins différents. Toujours en est-il toutefois que nous sommes appelés à nous rencontrer en Jésus le Christ.
Dieu nous porte dans son amour; il nous met en mouvement afin que nous nous accomplissions. Grâce lui soit rendue pour le dynamisme caractérisant ce long voyage qu’est notre foi et notre mission.
Amen
[1] https://moncredo.org/les-tradwives-un-phenomene-surprenant/
[2] https://ici.radio-canada.ca/tele/tout-le-monde-en-parle/site/segments/entrevue/2192916/femmes-foyer-modele-traditionnel-famille
[3] Manière d’être disciple du Seigneur.
[1] https://www.unicef.org/partnerships/mental-health-study-shows-gen-z-overwhelmed-undeterred-unrelenting-global-crises