L’Amour avec un grand A

image : Analogicus, pixabay.com

1 Corinthiens 13, 1-13 

« Quand je parlerais en langues, celle des hommes et celle des anges,nous dit Paul, s’il me manque l’amour, je suis un métal qui résonne, une cymbale retentissante. »

Mes amis, c’est peut-être le passage le plus célèbre de toute la littérature paulinienne. On n’aura jamais trouvé aussi belle synthèse du message du Christ. C’est d’autant plus merveilleux que nous ne sommes pas devant un traité de théologie, mais une lettre toute simple où Paul tente de répondre à une discorde à l’intérieur de la communauté chrétienne de Corinthe. Communauté qui, je le rappelle, était un peu trop friande des manifestations extraordinaires de la foi. Si friande de « faire le bacon », même, que le parler en langue était devenu quasiment une marque de supériorité différenciant le chrétien accompli du simple acolyte. 

Avouons-le : ces manifestations extatiques font peu partie des sensibilités de l’Église Unie du Canada. C’est d’autant plus vrai pour nous, francophones, davantage attirés par la rationalité et la justice sociale. Est-ce pour dire, néanmoins, que le « bacon » serait illégitime ? Pas pour moi ni pour Paul. Toutefois, si notre diversité de points de vue constitue une force, elle peut aussi dans certains cas révéler notre difficulté à saisir clairement ce que Dieu attend de nous. Alors que l’humanité s’entredéchire à propos de ce que Dieu permet ou pas – on n’aura qu’à examiner cette théologie qui fait de Donald Trump un élu protégé par Dieu – il est plus urgent que jamais de retourner aux sources de l’Évangile. 

 Jésus n’a pas publié de traité de théologie ni d’essais doctrinaux, mais il s’est contenté d’une transmission par la parole et la pratique. Dans les témoignages que nous avons de lui, les disciples sont unanimes quant au commandement de l’amour. «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimez», dit Jésus dans l’Évangile selon Jean. «Tu aimeras ton prochain comme toi-même», dit-il encore dans l’Évangile selon Marc. Jésus a récapitulé l’ensemble de la Loi par l’entremise de ce commandement. Quant à Paul qui écrit aux Corinthiens, il ne fait que reprendre ce commandement et l’appliquer ensuite à des situations diverses. En évoquant les dons de l’Esprit et l’analogie du corps et de ses membres pour parler de la fraternité, Paul place l’amour au centre de nos considérations. 

Comme vous avez pu le remarquer dans le reportage qu’on a écouté plus tôt, l’amour prend toutes sortes de sens selon la personne interrogée. Or, pour un chrétien ou une chrétienne, l’Amour avec un grand A se définit avant tout par l’amour que Dieu nous porte et qui s’exprime par la grâce. Les psaumes nous confient sans détours cette expérience d’être aimé par un Dieu qui sauve et qui n’abandonne pas sa Création. C’est justement à cet amour dans la gratuité auquel nous sommes appelés. 

Bien sûr, on pourrait, dans une perspective pratico-pratique, se demander s’il existe un tel amour en soi et si, advenant une réponse positive, il serait atteignable. Certains et certaines diront que non, que l’être humain, constamment intéressé par sa propre survie et son gain, en serait incapable. Toutefois, je répondrais que l’amour auquel nous sommes appelés repose en fait sur l’amour qu’a manifesté le Christ. Jésus a incarné cette forme d’Amour avec un grand A par son accueil, son pardon, mais aussi sa solidarité, et ce, même envers ceux et celles qui le persécutèrent. Si le Christ l’a incarné, alors il nous est possible, à nous aussi, de nous en revêtir. C’est pour cette raison parmi d’autres que j’ose croire que la semence de cet Amour-là avec un grand A se trouve en dedans de nous et qu’elle vaut la peine d’être cultivé, et ce, aussi minuscule la chance de germer puisse-telle paraître. Tel est notre espérance comme membres du corps du Christ. 

Un jour, peut-être, nous comprendrons la valeur de cet amour et nous pourrons l’incarner pleinement tout comme Christ l’a fait. Alors qu’on se voit actuellement à travers un miroir et de façon confuse, un jour viendra où on pourra contempler qui nous sommes et ce que notre prochain est de manière claire et sans ambiguïté : c’est-à-dire deux créatures liées par la grâce, désirées et aimées de Dieu.

Frères et soeurs, restons dans l’assurance du Seigneur qui, par amour, nous a unis et couverts d’une diversité de dons. 

Amen