L’Église en périple

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Actes 16, 6-15

Dernier dimanche comme candidat à l’ordination! Que le temps passe vite.

Bientôt, c’est la fin de mon stage à l’Église Unie Saint-Pierre à Québec. Je ne m’en serais peut-être pas autant aperçu si ce n’était pas, en fait, de l’évaluation finale que je devais remplir en avril dernier.

Une question dans l’évaluation m’a fait longuement réfléchir. « Quel personnage biblique décrit le mieux pour vous votre expérience de stage ? » Pour être honnête, j’étais déjà bien préparé à cette question-là parce que c’est celle qui tournait en boucle chez Darla, ma superviseure de stage, quand elle voulait me faire réfléchir théologiquement.

Au début, je me disais du côté de Moïse. Il faut dire que tout ministère – à Saint-Pierre comme à Sainte-Claire – a ses moments de joie comme ses défis. Toutefois, après réflexion, j’en suis venu à la conclusion que Paul et ses voyages étaient bien plus significatifs.

Avant même que mon stage débute, je me retrouvais jeté à gauche et à droite dans ma cale. Mon navire traversait une tempête en 2023. Devais-je rester à Montréal ou me rendre à Québec ? Faire un stage en anglais ou un stage en français ? Devais-je prendre le risque de la seconde langue ou celui du déménagement ?

C’était, voyez-vous, un périple risqué ! Un périple qui, cela dit, m’a mené à exercer un ministère à Saint-Pierre et, plus tard, à Sainte-Claire. Ce n’est peut-être pas un hasard si mon navire secoué par les vagues allait rencontrer celui de notre communauté de foi qui a dû dire au revoir à Stéphane, son pasteur initial, l’année passée. Même dans la tempête qui nous prenait d’assaut, le bon Dieu a bien fait les choses… quoiqu’à sa manière.

Vous savez, les premiers disciples ne l’ont pas eu facile eux non plus. Pour nous en donner un portrait, le Livre des actes nous rapporte quelques évènements qui pourraient aujourd’hui nous faire sourire : « Paul et Silas parcoururent la Phrygie et la région galate, car le Saint esprit les avait empêchés d’annoncer la Parole en Asie. Arrivés aux limites de la Mysie, ils tentèrent de gagner la Bithynie, mais l’Esprit de Jésus les en empêcha. » Outre le sourire en coin qu’on peut avoir en nous imaginant Jésus et l’Esprit qui font un signe d’arrêt, ce passage nous rappelle toutefois que nous n’avons pas toujours le contrôle. L’Esprit saint, semble-t-il, aime à nous envoyer dans d’autres directions auxquelles nous ne nous attendions pas de prime abord.

Parfois – et je parle par expérience – les plans que nous projetons de réaliser se dissolvent à cause d’un discernement ou bien un évènement inattendu. Dans mon cas, la raison principale à savoir pourquoi j’ai choisi de faire mon stage à Québec tenait du fait que j’ai reçu une invitation à faire du ministère sur une base militaire pas loin. Dans un cas comme dans un autre toujours en est-il que nous, comme Église, sommes projetés vers l’avant, invités à prendre le large dans une direction, et ce, un peu à la manière de Paul et des apôtres qui voulaient prêcher en Asie, mais sans succès.

C’est un peu, à bien y penser, l’histoire de tout croyant et de toute communauté de foi qui sont appelés un jour ou l’autre à se réorienter. Ce n’est pas un secret que l’Église n’est pas friande du changement. Pourtant, à ce propos, deux aspects du texte attirent particulièrement mon attention aujourd’hui. Deux aspects qui peuvent nous faire réfléchir sur notre périple comme Église.

Dans un premier temps, le Livre des actes nous raconte non pas un périple paisible, mais un périple tumultueux. Un périple où chacun doit discerner et faire des choix à la lumière de l’Esprit. Je pense qu’une lecture peut-être trop rapide risquerait de nous faire oublier à quel point les passages en mer étaient risqués à l’époque de Paul. Ceux et celles qui connaissent bien ses périples savent qu’il a déjà failli y laisser sa peau lors d’un naufrage si ce n’était pas du Saint esprit.

Voyager comporte toujours sa part de risque – changer de direction en comporte encore plus. Aller à un endroit plutôt qu’à un autre demande des préparatifs relativement importants, car tout périple qui soit doit être planifié et intentionnel. Celui en Macédoine qu’évoquent les Écritures trouve son origine non seulement dans une suite d’échecs, mais aussi dans celui d’un songe. Un songe, ce n’est jamais clair; on ne le suit pas sans bien y réfléchir. Et pourtant, les apôtres suivent l’instinct de Paul au risque même de se tromper.

Semble-t-il que ça valait la peine quand on lit la suite de l’histoire. Comme vous l’avez entendu, ce voyage risqué en Macédoine a permis une rencontre décisive dans l’histoire de l’Église primitive. C’est à cet endroit que les disciples rencontrent Lydie dont le ministère à venir marquera profondément l’avenir de l’Église.

Voyez-vous, les plans initiaux des disciples tout comme les nôtres ne coïncidaient pas nécessairement avec les évènements inattendus qui se produisirent sur la route. Toutefois, à la lumière des Écritures, il fait nul doute que le Seigneur nous pose sur des chemins nous menant aussi à des évènements prodigieux, signes mêmes de sa grâce pour nous. Qui aurait pu croire, entre autres, que je succéderais à Stéphane ? Personne ne l’avait venu venir, et pourtant!

D’autre part, il se trouve un autre aspect du texte que j’aimerais souligner et qui n’est pas le moindre. Paul n’est pas la star de ce récit. Quoique c’est bien lui qui a eu le songe qui a réorienté les plans, il reste que, narrativement parlant, le texte donne la parole à un « nous », à des disciples dont on ne connaît pas l’identité exacte. Cette transition du « il » au « nous » est pour le moins incongrue, mais elle a le bénéfice de nous rappeler que le développement de l’Église ne dépend pas d’une seule et même personne, mais d’un engagement communautaire.

Comme les disciples qui rencontrèrent Lydie en Macédoine, nous sommes tous et toutes les outils du Seigneur, les agents de sa mission. Ce passage des Actes nous concerne comme membres de l’Église qui est le corps du Christ. Sans même nous nommer expressément, l’auteur nous invite à faire le choix de l’engagement malgré les incertitudes qui planent toujours.

Bien entendu, comme individus et comme communauté, nous devons discerner si nos choix et nos orientations sont viables. Une manière de faire est, par exemple, de calculer les différents risques à prendre. C’est la plus simple, la plus évidente des stratégies. C’est celle, du moins, qu’on emploie au quotidien dans nos vies. Pourtant, à la lumière des Actes, elle ne semble pas toujours être de mise, car les gains se font bien souvent lors des périodes de réadaptation et de réévaluation.

Qui ne risque rien ne gagne rien… Cette leçon que les voyages de Paul m’inspirent a de quoi nous questionner. Et nous, dans notre vie de foi, dans notre vie communautaire, à quoi sommes-nous appellés ? Sommes-nous prêts à prendre le risque de partir au large advenant l’impulsion des signes de l’Esprit ?

Quoique je ne puisse pas répondre à ces questions par moi-même, j’estime que, comme pour Paul et les autres disciples, l’Esprit nous guide dans des périples qui comportent toujours en soi une part de risque. J’irais même à dire qu’il le fait déjà.

Nous portons bien souvent des espérances, des attentes tantôts réalisées, tantôt en suspends. Or, le Seigneur ne nous abandonne jamais à notre sort. Ses chemins, quoique parfois différents de ceux qu’on planifiait, nous mènent à la vie, toujours et en tous lieux. C’est pourquoi nous pouvons célébrer les projets que nous portons à Sainte-Claire – et nous en avons beaucoup! –, mais tout en gardant la porte ouverte à des surprises de la part de l’Esprit.

Frères et sœurs dans le Christ, le Seigneur nous guide dans nos périples ; il nous inspire la sagesse nécessaire pour discerner quand il est temps d’avancer, mais aussi prendre le cap dans une direction inattendue. Ne soyons pas dans la crainte, mais simplement à l’écoute de sa Parole.

Qu’il en soit ainsi selon notre foi.

Amen