Où est votre trésor, là aussi sera votre coeur

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Luc 12, 32-34

Vous savez, parler de dépouillement, de détachement pour nous enrichir auprès de Dieu, ce n’est pas facile dans le contexte de l’Église du Québec. Vous n’êtes peut-être pas sans savoir que, à une certaine époque, la pauvreté et le détachement des biens ont souvent été un monde de vie encouragé, si ce n’est pas pour dire imposé par une élite cléricale.

On trouve d’ailleurs encore la trace de ce discours-là aujourd’hui. Peut-être avez déjà entendu cette formule qui, je l’espère, nous dresse tous et toutes, les poils de sur les bras : « On est né pour un petit pain ». Derrière cette expression relayée à partir des chaires d’église se cache une mixture où se mêle l’obligation, la résignation, la mortification et l’obtention du salut. Selon ce discours, la vie actuelle ne vaudrait pas la peine qu’on s’y arrête. Pire, pour nous en échapper, nous devrions accumuler les bonnes œuvres et cultiver la souffrance afin de gagner notre Ciel. Drôle d’enseignement en Église, surtout compte tenu de la position privilégiée qui était celle du clergé !

Toujours en est-il que, grâce à Dieu, nous nous retrouvons ce soir devant nos deux versets afin de démêler le vrai du faux de ce qu’on dit de l’enseignement de Jésus. Prendre le temps d’étudier sa parole nous permet de repartir du bon pied.

Il faut dire, tout d’abord, que les paroles de Jésus sont absolument merveilleuses. En seulement deux versets, il a fait une synthèse extraordinaire de son enseignement. Outre la beauté des formules employées, on peut rester subjugués devant leur teneur, leur contenu théologique qui, je l’espère, nous parle droit au coeur.

Voyez-vous, tout au long de la semaine, je me suis étonné de trouver dans ces deux versets une bonne nouvelle pour nous qui avons pu être blessés, voir même liés par les discours de performance. Jésus est clair dès le départ : c’est avant tout par amour que Dieu donne le Royaume à son peuple. Ému par notre situation, il nous fait don du salut quand bien même nous sommes « petits », c’est-à-dire fragiles et bien souvent inconstants. Le Seigneur fait grâce à ses enfants qu’il aime d’un amour démesuré.

Cette dimension de l’amour de Dieu qu’on pourrait nommer la « grâce compatissante » permet d’ailleurs de mieux cerner le commandement de Jésus envers ses disciples. Écoutez de nouveau son invitation : « Vendez ce que vous possédez et donnez-le par actes de compassion, dit tout d’abord Jésus à ses disciples. Car, où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. »

Je ne sais pas si vous le sentez, mais cette invitation de Jésus à la compassion – à l’aumône dans certaines traductions – nous fait sortir de manière irrémédiable de la logique des oeuvres. Une des raisons s’en trouve à être que la compassion ne peut pas s’inscrire dans une logique d’obligation. Elle est, au contraire, une faculté naturelle qui nous relie à notre semblable. En d’autres termes, c’est plus fort que nous, être pris aux tripes pour autrui! C’est vraiment, mais vraiment important dans le cas de l’Évangile parce que cette disposition de notre coeur qui s’émeut, c’est aussi, bien sûr, celle de Dieu qui agit avec grâce. C’est une faculté à la fois innée et instinctive que nous partageons avec le Seigneur. Ce n’est pas pour rien que les Écritures mentionnent que nous avons été créés à l’image de Dieu et que nous sommes tous et toutes ces enfants.

Cette particularité de la compassion qui se trouve à être inscrite en nous porte à croire que l’amour ne dépend pas d’obligations, mais d’un élan instinctif. Les êtres humains qui aiment sont en fait le miroir de Dieu. C’est là leur véritable richesse. En opposition à ce que j’appellerais la « lettre de la loi », l’Évangile constitue cette invitation à cultiver ce jardin de l’amour qui nous porte autant à nous détacher des richesses matérielles qu’à les employer au bien d’autrui.

Dieu agit avec grâce; la grâce est aussi en nous. Il suffit de la cultiver et de laisser notre coeur parler le langage de l’amour. Vraiment, là où est notre trésor, là aussi sera notre coeur. Rien ni personne ne pourra nous enlever cet amour-là qui nous lie à Dieu et, par conséquent, à notre prochain.

Frères et sœurs dans le Christ, la vie chrétienne ne relève pas d’une performance, mais constitue au contraire une disposition du coeur se revêtant de la grâce du Seigneur. Il nous a accordé le Royaume non pas comme récompense, mais comme un don qui émerge à même cet amour qui nous relie. Puisse ce trésor-là nous inciter à vivre avec compassion afin que, par Dieu et en Dieu, nous témoignions de sa grâce chaque jour les uns envers les autres.

Qu’il en soit ainsi selon notre foi.

Amen