Récoltons l’espérance
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Ésaïe 43, 16-21
« Voici que moi je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne… le peuple que j’ai formé pour moi, redira ma louange » (Ésaïe 43, 19-21), parole du Seigneur !
Parole d’espérance… qui retentit alors que tout n’allait pas pour le mieux dans le meilleur des mondes pour le peuple de Dieu… alors qu’une bonne partie de la population vivait encore en exil. Les jours de gloire du temple grouillant de monde n’étaient qu’un souvenir lointain ; et le peuple d’Israël, avec son identité propre – sa langue, sa culture, son histoire distinctes – était devenu une minorité fragile, une petite île secouée par les vagues gigantesques des marées de superpuissances. L’Assyrie, l’Égypte, Babylone… Plus ça changeait… plus l’histoire se répétait… depuis des centaines d’années… Il y avait de quoi être découragé. Comme de nos jours il y a aussi de quoi être découragé.
L’autre jour quelqu’un m’a dit : c’est à croire qu’on n’avance à rien. On dirait même qu’on a reculé dans le temps. D’autres se demandent : « Où est Dieu là-dedans et à quoi ça sert d’être chrétien dans le monde d’aujourd’hui ? »
Frères et sœurs, prenons courage. Oui, nous sommes appelés à préserver la Terre (Genèse 2, 15), mais c’est Dieu, en Jésus Christ, le sauveur du monde. La Présence de Dieu n’est pas la garantie que nous éviterons toute catastrophe mais plutôt la promesse qu’il y aura un chemin au cœur des eaux déchaînées, que nous trouverons de quoi étancher notre soif dans les passages désertiques de la vie. Et même les bêtes sauvages en bénéficieront ! « Voici je vais faire du neuf ! » Parole du Seigneur !
Mais si vous êtes comme moi, vous avez peut-être envie de crier : « Mais ciel, que c’est long, Seigneur ! Si tu vas faire de quoi, fais-le donc ! » Prenons courage. Rappelons-nous que le temps de Dieu n’est pas le temps des humains, et surtout pas le temps des humains d’aujourd’hui, habitués que nous sommes à des messages instantanés et des solutions rapides. N’oublions pas : l’exile à Babylone a duré 70 ans (notre exil au début de la pandémie, c’était de la p’tite bière à côté de ce que nos ancêtres ont traversé). Et Jésus, que nous voyons comme l’accomplissement des promesses des prophètes comme Ésaïe est arrivé sur la scène, quelques 500 ans après que nos ancêtres sont revenus de leur exile babylonien. Non, le temps de Dieu n’est pas le temps des humains. « Voici je vais faire du neuf. » Parole du Seigneur ! Il est encore temps d’espérer…
Et si notre appel comme chrétiens et chrétiennes dans le monde d’aujourd’hui était justement de cultiver et de récolter l’espérance, premier fruit de l’œuvre de Dieu dans nos vies et de partager nos récoltes avec nos contemporains qui en ont besoin d’espérance ? C’est ce qu’affirme le Groupe de dialogue entre l’Église Unie et l’Église catholique romaine qui, en 2018, a publié un rapport intitulé justement L’Espérance en nous dans lequel on peut lire :
« La réalité des changements climatiques peut parfois engendrer des sentiments de désespoir. Il n’est pas certain que la communauté mondiale saura réagir assez rapidement et avec assez de détermination pour survivre à des changements climatiques catastrophiques. Toutefois, renoncer à agir par déni, désespoir, cynisme ou découragement ne peut qu’aggraver la situation. L’Église a des ressources qui ont fait leurs preuves pour contrer le désespoir et la paralysie… [et qui peuvent]… nous aider à passer du découragement à l’espérance. » (p. 17)
Cette espérance, c’est la Parole que Dieu sème et qui prend racine en nous : Voici que moi je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne ; ne le reconnaîtrez-vous pas? Dieu a dit seulement une Parole et nous a créés à son image et à sa ressemblance. Nous avons en nous sa créativité, son ingéniosité ainsi que sa volonté. Prendre le temps de le reconnaitre nous aide à cultiver et à récolter l’espérance en nous. Des solutions existent… des pas sont faits dans la bonne direction.
Je me souviens d’avoir entendu un jour un reportage à la radio de Radio Canada. En 2018, le niveau des réserves d’eau dans la région du Cap occidental en Afrique du Sud était dangereusement bas. On voyait arriver ce qu’on appelait le Jour Zéro, le 12 avril 2018, jour où il n’y aurait plus une goutte d’eau qui coulerait dans les robinets. Tout le monde a mis du sien – en diminuant au maximum sa consommation d’eau – et la date du jour zéro a été repoussée. S’il est vrai que tout n’est pas gagné, cette histoire nous démontre que les humains ont en eux la créativité, l’ingéniosité ainsi que la volonté d’agir pour préserver la Terre et ses créatures. Nous sommes faits à l’image de Dieu, cette créativité fait partie de notre ADN. C’est l’espérance que Dieu sème dans le terreau fertile des cœurs et des esprits de tous les humains. La bonne nouvelle, c’est que c’est Dieu qui prend l’initiative et nous donne tout ce qu’il nous faut pour accomplir notre mission : « Voici que moi je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne ne le reconnaîtrez-vous pas ? » À nous de cultiver les fruits de l’espérance semée en nous et de consacrer nos récoltes à notre Créateur pour la gloire de Dieu et la sauvegarde du monde. Voilà que je fais du neuf qui déjà bourgeonne… et le peuple que j’ai formé pour moi… redira ma louange. Amen.