Ton Esprit, mon guide
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Jean 15, 1-15
Comme vous le savez, la saison de l’été est le moment parfait de l’année pour ouvrir nos horizons. C’est le temps, en tout cas pour moi, de me fixer des objectifs de croissance personnelle. Semble-t-il, d’ailleurs, que je ne sois pas le seul avec toute la ribambelle d’activités qui ont pour thématique la sagesse.
Il y a très longtemps, je me souviens avoir participé à un salon des plus exotiques. Ça s’appelait – et je cite – « Le salon Métaphysique et Spirituel de Québec ». Quoique le nom de l’évènement est un peu fendant, il reste que c’est un évènement qui a lieu tous les étés et qui attire une grande foule d’intéressés et de marchands. Quoiqu’il n’y ait pas de date confirmée concernant l’édition 2025, soyez sans crainte : les étalages de cristaux et de tapis de yoga sont déjà en rabais sur leur site web. Il est déjà temps – et oui – de consommer à bon prix pour trouver sa sagesse intérieure.
Une première remarque que je pourrais faire en constatant cet engouement consisterait à dire qu’il se trouve aujourd’hui un retour marqué vers l’intériorité, un intérêt pour cette quête du « soi-même » dans laquelle la sagesse correspond à une forme de bien être. Remarquez que c’est une bonne chose que de rechercher qui nous sommes comme individus et d’essayer de cultiver son discernement pour mieux vivre sa vie.
Néanmoins, surtout en tant que chrétien, ça m’amène plus de questions que d’autres choses. Vous remarquerez cet aspect très mercantile, très utilitaire des objets comme les cristaux. Malheureusement, les cristaux sont parfois réduits à des moyens pour arriver à des fins. Ce qui compte, la plupart du temps, c’est le résultat pour soi.
Là-dessus, on serait mal placé comme Église pour faire la morale. Pendant longtemps, voyez-vous, l’Esprit a souvent été considéré comme un simple outil de communication entre le Seigneur et son peuple. Et oui, le Paraclet – l’Esprit – était l’enfant pauvre de la Trinité auquel personne ne s’intéressait sinon pour se justifier.
Pourtant, dans la culture des premiers chrétiens, l’Esprit représentait bien plus qu’un canal de communication ou un objet de consommation. Vous l’avez peut-être ressenti dans notre lecture de l’Évangile, mais il se trouve, dans la manière dont Jésus parle, une sorte de sous-entendue où l’Esprit, la sagesse et la Vérité signifient quelque chose de similaire.
Antoine Nouïs, un théologien réformé que je vous recommande vivement, a fait une remarque intéressante cette semaine dans sa chronique YouTube. Il semble, à la lumière de la culture judéo-chrétienne de l’époque, qu’il y avait une correspondance entre l’Esprit et la notion de sagesse tel qu’on la trouve dans le Livre des Proverbes. On ne s’en étonnera pas trop quand on se souvient que « Dame sagesse », selon la Bible, précédait la Création. Pour reprendre les termes d’Antoine Nouïs, soit on considère que la sagesse correspond à l’Esprit saint, soit on la considère comme la quatrième personne de la Trinité qui devient une Quadrité.
Mais, vous savez, ce qu’il y a d’encore plus étonnant dans cette histoire-là, c’est la nature même de la sagesse, cet Esprit de vérité dont parle Jésus. Il semble bien, tout d’abord, que ce ne soit pas quelque chose qui soit immanent à l’être humain ou, du moins, une faculté qui se développe naturellement. À en lire le Livre des Proverbes tout comme l’Évangile de Jean, la sagesse correspond avant tout à un don. Il faut que Jésus « parte » pour que vienne l’Esprit de vérité. C’est un don reçu par la grâce que l’on cultive par l’écoute et l’observation de la Création, mais aussi par l’expérience de l’adhérence du disciple à l’Évangile. Jésus donne un très bon exemple de comment s’exprime la sagesse. Il viendra un temps, par exemple, où les disciples seront persécutés. Les puissants de ce monde persécuteront les plus faibles comme ils l’ont souvent fait, confondant leur pouvoir avec la volonté de Dieu. Toutefois, le disciple persécuté, en ayant reçu et développé le don de la sagesse, saura reconnaître la fraude religieuse et témoignera de son innocence.
Ainsi, la sagesse n’est pas une connaissance à proprement dit, mais bien une faculté de discernement si ce n’est pas pour dire une perspective de vie où l’être humain peut percevoir qu’elles sont les œuvres qui manifestent la grâce de Dieu. La sagesse n’est donc pas le fruit de réflexion sur soi-même, mais bien un don reçu qui sous-entend une relation où l’intériorité du disciple est en adéquation avec Dieu. De même, comme Jésus l’a mentionné, la sagesse ne sert pas au bien-être. Elle ne nous préserve pas des épreuves ; elle ne nous procure pas de gains en tant que tels. Toutefois, vivre en concordance avec l’Esprit nous porte à discerner la Vérité du Mensonge.
Je n’ai pas besoin de vous donner d’exemples contemporains au nombre de fois que nous en parlons et que nous prions pour l’état du monde. Ce don-là de discernement, nous l’utilisons tous les jours comme chrétiens et chrétiennes. Parfois moins bien, parfois mieux que d’autres, bien sûr.
Cela dit… Entre la réunion des disciples de Jésus et les salons de spiritualités contemporaines, on trouve néanmoins, Dieu merci, une certaine concordance. Pour nous aussi, comme chrétiens, la sagesse à ce quelque chose d’un outil. Elle est une sorte de boussole, par exemple, qui nous est accordée pour nous permettre de nous retrouver sur les chemins de la vie. Toujours dans le thème de la spiritualité et la religion, la sagesse – ou l’Esprit de vérité – pourrait être considéré comme une sorte de « troisième œil » où l’on perçoit l’oeuvre de Dieu tout autour de nous et qui, par conséquent nous rend témoin de sa présence, son action et de son amour pour tous et toutes.
En ce dimanche de la Trinité, n’y a-t-il pas plus significatif pour nous que la Sagesse, ce don qui nous vient de Dieu et que nous cultivons les uns avec les autres à chaque culte, chaque jour ? Frères et sœurs dans le Christ, exerçons ensemble notre discernement. Aiguisons notre regard et soignons nos relations avec le monde et les vivants, car c’est par les œuvres du Seigneur que l’on contemple sa gloire et que nous grandissons intérieurement comme disciples.
Laissons-nous donc guider par cette drôle de Dame sagesse. Permettons à l’Esprit de vérité de faire de nous des disciples qui œuvrent avec amours… et avec des yeux tout autour de la tête. Qu’il en soit ainsi selon notre foi.
Amen