Adam et le roi lion
image : MadebyNastia de Pixabay
Genèse 1, 25-31
Avez-vous déjà vu le film « le Roi lion » ?
C’est un film pour les jeunes et les moins jeunes qui est non seulement culte, mais aussi pédagogique. Dans le jargon cinématographique, on pourrait dire que c’est un récit initiatique par lequel les enfants sont invités à croître face aux défis inévitables de la vie.
Si vous l’avez déjà vu, vous vous souvenez probablement d’une scène qui a traumatisé toute une génération d’enfants et de parents, celle où Moufasa – le Roi lion et père de Simba – meurt devant son fils. Cette expérience tragique propulse notre petit Simba dans la vie d’adulte, lui qui doit désormais assumer seul son devenir. Hélas, si vous vous en souvenez, plutôt que de succéder à son père, Simba choisira de fuir son appel sous le coup de la culpabilité, laissant par ailleurs le trône de la Savane entre les griffes de son méchant oncle, Scar.
Cette histoire, vous savez, à quelque chose de bien familier avec la réalité de la vie humaine et le récit de l’histoire sainte! Une histoire de tragédies, de conversions, de deuils, de croissance, mais aussi d’amour entre Dieu et les êtres humains. Un peu à la manière de Simba le lionceau, nous avons été placés dans le cycle de la vie, si ce n’est pas pour dire catapultés dans un monde dans lequel nous avons une place particulière et envers lequel nous portons une grande responsabilité. Encore faut-il assumer qui nous sommes, mais aussi nous souvenir de notre provenance.
Dans les Écritures, le Livre de la Genèse a justement ce rôle-là de nous rappeler nos origines, mais aussi notre place dans la Création.
Adâm, le premier être humain, a été créé par le Seigneur qui l’appela à occuper la terre, à se multiplier et à régner. En ce sens, pourrait-on dire, Adâm est invité à s’asseoir sur l’un des trônes de la Création. Quel genre de règne, au juste, Adâm va-t-il choisir? Va-t-il régner convenablement et selon les commandements de Dieu?
Autant le confesser tout de suite : le récit de la Création et du règne d’Adâm est un texte qui n’a vraiment, mais vraiment pas bien vieilli. Preuve en est, certainement, notre agacement devant un vocabulaire lié au champ lexical de la domination et de l’exploitation.
« Peuplez toute la terre et conquérez-la, demande Dieu. Assujettissez les poissons dans la mer, les oiseaux dans les cieux et tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. »
Je ne sais pas pour vous, mais quand je lis ce passage-là à chaud, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’on est bien loin du règne de Simba qui doit s’exercer selon la noblesse, la vertu et le cycle de la vie engendré par Dieu!
Vous et moi qui avons hérité d’Adâm regrettons les abus que les êtres humains ont perpétrés et continuent de commettre à l’encontre de l’environnement à partir d’une théologie destructrice. Néanmoins, à la lumière de la demande de Dieu et du vocabulaire employé, deux questions s’imposent d’elles-mêmes :
1. Comment recevoir aujourd’hui ce texte qui parle de conquérir et d’assujettir les vivants?
2. Comment exercer ce leadership auquel nous sommes appelés vis-à-vis de l’environnement?
Sans prendre la défense des auteurs de la Genèse qui ont certainement été influencés par une culture et une théologie de la guerre et du patriarcat, il y a certains aspects du texte qui peuvent relever d’une… sagesse inattendue. Cette même sagesse, à mon avis, pourrait se révéler en ce cher Adâm et dont la traduction de Chouraki insiste sur ses origines et son appartenance à la terre.
Adâm est un nom qui fait écho au terme hébreu de « Adâma » et qui peut se traduire par le terme de « glèbe ». Adâm constitue cet être qui a été créé à partir de la glèbe, c’est-à-dire la terre. Or, si vous ouvrez votre dictionnaire, vous verrez bien que la glèbe est un terme qui renvoie en fait à plusieurs types de terre. On pourrait entendre la glèbe comme une simple motte de terre un peu quelconque. Toutefois, le terme peut aussi être interprété selon le champ lexical du droit féodal. Dans ce cas particulier, la glèbe serait une terre qui appartient à un seigneur et sur laquelle vit un de ses serviteurs qui a pour responsabilité de la cultiver.
Un « Glébeux », ce n’est pas seulement celui qui a été créé à partir de la terre, mais peut-être aussi celui qui en est responsable sous l’autorité même de son seigneur. Alors là, vous vous en doutez que ça vient complètement buster le jeu de cartes de l’interprétation usuelle qui voudrait que l’être humain domine la Création! Nous avons été, en tant qu’êtres humains, tirés de la terre. Or, par le désir de Dieu, nous avons aussi été appelés à exercer un rôle envers elle. Un rôle de leadership envers l’ensemble des vivants qui dépendent de nous comme des sujets dépendent de leur roi, leur chef.
Il n’est pas anodin, pour revenir au Roi lion, que c’est aussi un thème cher du film de Disney dans lequel Simba accepte peu à peu son rôle de souverain, et ce, non pas pour asservir comme l’a fait son oncle – le méchant de l’histoire –, mais pour prendre sa juste place dans la Création. Dans la Genèse comme dans le Roi lion, cette terre dont nous avons été tirés, ultimement, ne nous appartient pas. Nous ne pouvons pas en faire ce que nous en voulons sans en répondre au Seigneur de la vie, celui à qui la terre appartient.
Bien entendu, ce désir de Dieu de nous nommer « rois et reines » nous oblige à faire état de quelques questions pas piquées des vers.
Comme Adâm, comme enfants de la glèbe, comment exerçons-nous en ce moment même notre leadership? Allons-nous fuir nos responsabilités comme Simba le fit initialement ou répondrons-nous à notre appel à prendre soin de nos sujets tels que le Seigneur nous y invita?
Je ne répondrai pas à ces questions à votre place. Vous aurez tout le loisir d’y réfléchir au cours de la semaine.
Frères et sœurs, en ces temps de la résurrection, l’Esprit nous invite à saisir cette opportunité pour renouveler notre compréhension de l’oeuvre de Dieu, mais aussi celle que nous avons de notre propre existence qui, elle, est liée à celle de tous les vivants.
Parce que nous sommes tous issus de Adâm, nous sommes responsables du devenir du monde et des vivants. Dieu nous vient en aide, nous qui peinons parfois à assumer notre rôle d’Adâms et de « rois lions ».
Le Seigneur nous accorde la sagesse nécessaire pour discerner ses chemins et guider la Création dans l’harmonie et selon le cycle de la vie qu’il a lui-même établie. Gloire lui soit rendue, lui, le Seigneur de notre vie, de cette terre qui nous a donné naissance et à laquelle nous devons respect.
Amen