Le Ressuscité est notre berger
image : image créée avec ChatGPT
Jean 10, 3b-15
On dit qu’une image vaut mille mots. Alors à quoi ressemble le Ressuscité qui est notre berger ? Pendant longtemps, voici l’image que j’avais de lui.

J’étais toute petite quand mes parents ont accroché un cadre avec cette image sur le mur de ma chambre. Je l’ai beaucoup contemplée. Et elle a faconné non seulement ma théologie… c’est-à-dire les mots que j’utilisais pour dire Dieu mais aussi ma relation avec Jésus. Je suis une visuelle. Pendant longtemps je me voyais comme la petite brebis dans ses bras. Plus tard, j’ai remarqué le mouton noir. J’aimais croire que même ceux qui sont différents peuvent être proches de Jésus. En d’autres mots, pendant longtemps, je trouvais cette image récomfortante. Aujourd’hui… pas tant… et pas juste parce qu’aujourd’hui, je suis consciente que Jésus ressemblait probablment plus aux palestiniens qu’à mon chum quand il était jeune… cheveux long, barbe et tout. Ma vie avec Jésus est presque jamais aussi rangée et paisible que ça. Si c’est ça l’image de la vie d’un bon disciple, d’une bonne brébis… ben… moi… je suis dans le champ… si loin… que je ne figure même pas dans la photo de famille.
En préparant le culte de ce soir, je suis donc partie à la recherche d’autres images qui capteraient mieux ma façon actuelle de comprendre les Écritures et de voir le Ressuscité qui est notre berger ainsi que la vie à laquelle il veut nous conduire… Et quelques détails dans les textes bibliques ont attiré mon attention… Commençons au commencement. « 3b[Les] brebis qui lui appartiennent, il les appelle, chacune par son nom. » Être appelé par son nom, c’est plus qu’être identifié dans la foule. C’est être reconnu, accepté, accueilli dans son être le plus intime. C’est ainsi que le Ressuscité nous connait et nous appelle. Quand on se sait appelé de la sorte, on a plus confiance. On a moins peur de sortir et d’affronter les risques du dehors. Et lorsqu’on se retrouve plusieurs, il y a un effet d’entrainement. Quand ma confiance faiblit, celle de mes frères et sœurs me rassure et me donne le courage de continuer. Quand nous nous trouvons toutes et tous ensemble autour de notre berger, l’effet est décuplé. Le Seigneur Ressuscité nous appelle… et parce qu’on a développé une relation d’intimité avec lui… on embarque !
Puis Jean nous dit, « Lorsque le berger a fait sortir toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent parce qu’elles connaissent sa voix. » Peut-être que cette phrase évoque quelque chose comme ça chez vous.

Mais ça… ça me fait penser à une ancienne paroissienne qui était absolument allérgique à l’idée d’être un mouton qui suit… bêtement. Elle refusait catégoriquement d’être une suiveuse. Toutefois, ce n’est pas exactement ce que le texte dit. Jean nous dit que le berger « les emmène dehors. 4Lorsqu’il les a toutes fait sortir, il marche à leur tête, et elles le suivent. » (v. 3-4). Le mot traduit par « emmener » en français peut aussi vouloir dire « conduire » ou « tirer de ». Donc pour sortir les brebis, ça prend un certain effort. On n’a pas toujours envie de sortir de nos zones de confort, n’est-ce pas ? Le berger doit parfois faire preuve de patience et de persistance. Et puis, « Lorsqu’il les a toutes fait sortir, il marche à leur tête. » Ici, le mot grec ekbalo traduit en français par faire sortir signifie jeter dehors. Parfois, notre berger doit nous pousser dans le derrière pour qu’on avance à sa suite…. Et ce, même si on sait très bien qu’il ne veut que notre plus grand bien. Alors, il nous chasse dehors… parfois comme une mère qui chasse ses enfants dehors pourqu’ils ne restent pas collés à leurs écrans… et parfois comme il chasse des démons… Effectivement, le mot grec ekbalo aussi utilisé dans les récits où Jésus chasse des démons, c’est-à-dire ce qui divise, ce qui sépare de Dieu, ce qui tient captif. En d’autres mots, le Ressuscité qui est notre berger, nous tire de nos zones de confort avec une force irrésistible… parfois presque violent … comme on tire un bébé du ventre de sa mère… vers une vie nouvelle… jusqu’alors totalement inconnue… une vie où tout reste à découvrir, à construire. Voici ma façon de voir le bon berger aujourd’hui… une image concue avec l’aide de ChatGPT.

C’est ça le sens de la rédemption dans le langage judéo-chrétienne… notre berger nous conduit hors des milieux contraignants, suffoquants, vers des espaces plus larges, vastes, ouverts sur le monde. Fini le temps où les brebis s’isolent dans des enclos de sorte qu’on identifie clairement qui fait partie de notre troupeau et qui en est exclu; de sorte qu’elles restent confortablement « entre elles », blotties toutes ensemble contre le berger, à l’abri de toutes les risques et les influences venant de l’extérieur. Le Ressuscité, notre berger nous fait naître à une nouvelle façon de concevoir notre place dans ce monde que Dieu aime tant, une nouvelle façon d’habiter la Terre. Il nous fait naître à la vie en abondance.
« Le Ressuscité est mon berger. Je ne manque de rien. » Notre plus grand défi, ce n’est pas un manque de ressources mais plutôt la distribtuion injuste des ressources. Pour s’assurer que toutes les brebis trouvent de verts pâturages où se reposer, de la nourriture et de l’eau fraîche et potable, le bon berger nous conduit sur les chemins de la justice. La justice n’est pas une affaire personnelle. Sur les chemins de la justice, je ne peux pas penser uniquement à ce qui serait « juste » pour moi, ou pour mon petit troupeau, pour préserver mes préférences, mes privilèges. La justice est nécessairement l’affaire de tout le monde. Elle est collective… cosmique même. Les sentiers de la justice nous mènent nécessairement vers plus de solidarité… plus de partage et de don de soi… à l’example du berger qui ne voient pas les brebis pour ce qu’elles peuvent lui rapporter mais qui se déssaissit de sa vie pour elles.
Le chemin ne sera pas toujours facile. Pour que la justice soit faite, certaines choses, certaines façons d’être, de vivre, de se conduire dans le monde doivent mourir. Mais nous n’avons à craindre aucun mal, le Seigneur, notre berger, nous offre un appui solide et un bras seccourable.
Chemin faisant, nous aurons parfois à nous assoir à table avec nos adversaires, des gens ne partagent pas nos intérêts, notre point de vue, notre vision du monde et de Dieu. Et parfois il faudra aller de l’avant même quand la route n’est pas toute tracée clairement d’avance. En vérité, il n’y a pas de chemin sans aucun danger, aucun risque… du moins pas de chemin qui mène vers une vie radicalement différente de celle qu’on connait déjà.
Ça pourrait nous paralyser de peur. Mais la gâce nous accompagne et nous accompagnera toujours. Voilà pourquoi nous n’avons à craindre aucun mal. La grâce nous accompange. Nous pouvons avancer même si nous n’avons pas toutes les réponses, même si nous risquons de faire des erreurs, de nous égarer, même si, de temps en temps, des mercénaires et des bandits surgissent semant la confusion, la panique, la déroute et causant des dommages. Avançons. Ne craignons rien. Écoutons la voix de celui qui nous appelle par notre nom. Le Rescucité est notre berger. Il nous propulse vers une vie radicalement différente de celle que nous avons connue jusqu’à présent. Allez, rejoignons les verts parturages où il veut nous conduire. Amen.